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(#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

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(#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Emilie Redfield le Ven 18 Nov - 5:32

Lectrices & Lecteurs,

Ce background est sujet à adaptation dans un format romancé. Il est en cours de rédaction et adviendra dès que possible.



- Emilie ♪, 03/12/2017. 

Bande-son, source d'inspiration
Chap.1 ~ Vangelis - La Petite Fille de la Mer
Chap.2 ~ Vangelis - Theme from "Missing"
Chap.3 ~ Mogwai - Ether
Chap.4 ~ Mogwai - Hungry Face
Chap.5 ~ Ratatat - Montanita
Chap.6 ~ M83 - Outro
Chap.7 ~ Mogwai - Kids Will Be Skeleton
Chap.8 ~ Explosions in the Sky - The ecstatics
Chap.9 ~ The American Dollar - Signaling Through The Flames
Chap.10 ~ Katawa Shoujo (OST) - Moments Of Decision
Chap.11 ~ Tracey Chattaway - Come Away With Me
Chap.12 ~ Goldmund - Threnody
Chap.13 ~ Hammock - Before you float away into nothing
Chap.14 ~ Sigur Rós - Dauðalogn
Chap.15 ~ Katawa Shoujo (OST) - Cold iron
Chap.16 [Page 7] ~ Katawa Shoujo (OST) - Innocence
Chap.17 [Page 7] ~ Stars of the Lid - Dungtitled (In A major)
Chap.18 [Page 8] ~ Stars of the Lid -
Aperludes (In C Sharp major)
Chap.19 [Page 8] ~ Goldmund - In the Byre



- "Vous pouvez me la décrire ?"

- "Oui ... oui, évidemment."

S'en suivit ce qui pouvait être un portrait d'une enfant disparue. On y mettait l'accent sur son côté perdu, son apparence décalée et ses paroles si souvent désaxées du contexte.
On la décrit ainsi. Mais elle n'avait pas toujours été comme ça. Une jeune femme ayant gardé son âme d'adolescente à l'approche de la trentaine d'années. Là ou la majorité de ses connaissances y voyait de la dérision permanente, sa voisine, elle, ne partageait pas cet avis. Elle était naturelle et se satisfaisait du minimum. Même dire "bonjour" était amusant.
Emilie, c'était la photographe du quartier, l'artiste refoulée aux délires drôles à entendre et à critiquer. C'était une jeune femme à la chevelure rousse et aux grands yeux verts. Classique dans son style et décalée d'esprit. Mignonne et convoitée, rien d'anormal.

- "Elle avait la joie de vivre."

Cela aussi, on l'entendit souvent. On l'entend toujours. Sans jamais ne se soucier que des apparences en laissant le sous jacent de côté. Elle exposait à la galerie d'à côté myriade de clichés portés sur l'architecture locale, toujours accompagné d'une note de sa part. C'était une petite phrase sans réel sens mais qui apportait une dimension philosophique à chaque cliché, comme si une réflexion profonde se cachait derrière le voile de l'encre photographique.

On dit aussi que la veille de son signalement de disparition, elle avait passé la nuit à parler, pestiférer, hurler et pleurer. On en déduit qu'elle n'avait pas dormit et qu'elle partit tôt de son studio.
La famille Redfield venait de subir un déchirement. Celui de la vie qu'on ôte sans prévenir. L'information était tombée en début de soirée.
Maintenant, cette pièce est couverte de larmes. Les placards sont vides et sa présence n'est qu'un souvenir.

C'est à Emilie de vous conter la suite.
---




Je me demandais depuis combien de temps j'étais là.

Il faisait assez sombre et cette ruelle ne semblait pas vouloir m'offrir le plan que je souhaitais. Je voyais le soleil percer à travers les barreaux d'échelles et les plate-formes accrochées à chaque bâtiment.

C'était beau. J'aurais peut-être du m'orienter sur le rôle de la lumière et jouer en contre-jour plutôt que de chercher la géométrie, pour une fois.

Je décida de prendre ce cliché, sourit devant cet écran basse résolution abîmé me montrant un rendu approximatif et éteignit l'appareil. Ce soir, j'avais concert. Avec mes amis ...

Le Nebraska est un état magnifique. Il y fait assez froid mais avec l'habitude et quelques couches de synthétique on s'y adapte sans problèmes. La capitale administrative est Lincoln, et c'est ici que l'histoire à marqué de son fer rouge le désastre des grandes plaines lors des affrontements de la conquête de l'Ouest. Les rares fois ou je m'y étais rendue, je pouvais sentir et m'imprégner de cette atmosphère bien trop silencieuse, inquiétante et pourtant si paisible à la fois. Comme si la terre oubliait mais déteignait et délestait son fardeau d'histoire sur la première idiote venue fouler ce sol humide. 

D'ailleurs, au fur et à mesure que je progressais le long de la rue principale, il me semblait toujours qu'il faisait de plus en plus froid. En contrebas, un bras de fleuve dont j'ignore le nom, ou peut-être une rivière. Le vent s'y engouffre et vous caresse le visage avec la délicatesse d'une claque en pleine face.
Je cacha un peu plus ma peau déjà agressée par ce déluge sec et m'engagea dans la dernière contre-allée menant à mon appartement. J'ai faim.

La porte grince. Ça m’agace. Cet appartement est banal et ne mériterait presque pas de description si ce n'est qu'on y trouve aucun élément de mon passé. Je n'aime pas mon passé. Et puis je me suis déjà réconciliée avec mes fantômes. J'ai cependant tenu à garder une copie de ma plaque de Capitaine, lorsque j'étais à Los Santos. Je me surpris à sourire à chaque fois que j'y déposais mon regard et pensa à mon frère. Lui poursuivait, moi je pourrissais !

Je sursauta. J'étais persuadée d'avoir coupé mon téléphone. Je le fais tout le temps lors de mes sorties photo. La masse de pixel voulu afficher quelque chose mais je n'eu que le temps d'apercevoir un numéro dont l'indicatif semblait être celui de la Californie. Plus personne ne me connaît, laissez moi tranquille.

La douche fût le meilleur moment de la journée et, comme à mon habitude, alors que l'eau coulait, je laissais mes pensées prendre le dessus. Comme une piqûre de rappel dont je voudrais m'affranchir mais dont j'avais été condamnée à subir jusqu'à la fin de mes jours par le plus mauvais des médecins : mon cerveau.

L'unique ombre de cette pièce humide s'étirait à vue d’œil, ou alors je mourrais probablement sous l'eau chaude, allez savoir.

Je voyais les rues de mon enfance et mes premiers amours de lycée : j'ignore ce que ça vient faire dans ce contexte. Je voyais aussi la première gifle qui ... à l'impact de ma joue, se transforma en une explosion de joie ... Hein ? Je divague.

- "EMI ! IL EST BEAU LE MUR ?! Ahah."

Mon groupe venait de passer devant moi, ils souriaient tous et je remarqua que j'étais la seule à ne pas le faire. Vite, l'image compte.

Je leur emboîta le pas et monta en backstage. Ici, traînait de quoi faire pleurer de joie tout musicien. Des guitares sèches, des violons qui ne nous appartenaient pas, des guitares électriques, outils et amplificateurs. Deux sets de batteries aussi, dont la mienne. Dans un fond, des pièces détachées d'une ... orgue ? Étrange. Il fallait tout mettre en place avant l'arrivée des spectateurs et l'ouverture des stands.

Ce soir, c'est Thanksgiving et il est hors de question d'avoir la tête dans les nuages. Nous devons les faire danser, sauter et hurler.

En levant la tête, je me rendis compte que les tringles à rideaux formaient des angles droits parfaits. Des points de fuite glissant de ma position fixe jusqu'au bout de la scène. Un magnifique fond pour une photo de groupe en pleine action. Dommage, ce soir là je n'étais que la batteuse, pas la photographe.

Mes mains se posèrent sur la grosse caisse, mon téléphone sonna, je soupira. Mes cheveux me tombèrent dans la bouche, sur le nez et j'éternua.

Ce soir là, le concert se termina plus tôt que prévu. Deux heures plus tard, j'étais sur la route et fuyais ma tristesse. Je coursais de nouveau mes fantômes.
Stevy n'était plus là.
---



Trois mois.
Cela faisait trois mois que je n'avais pas osée m'y rendre. Ce matin, j'avais pris la décision d'y aller. Ce vide incroyable m'était familier mais pourtant je l'appréciais. Ne serait-il pas celui que l'on adopte sans le vouloir et qui vous blesse tant lorsque vous savez qu'il est irréversible ?
La brise polluée ne m'avait pas manquée, elle. Je me tenais devant la stèle d'un homme que je n'avais que trop peu connu malgré mes 29 ans d'existence. Je savais que son corps n'était pas ici. Son âme l'était. Elle me regardait à travers les yeux de cet enfant qui pleurait à ma droite dans les bras de sa mère.
Moi, je n'avais pas la force de pleurer, ou plutôt je n'en avais pas l'envie. Pourtant j'avais l'impression que, plus je fixais le marbre, plus je quittais mon corps ... durant un instant, je voulais le rejoindre. C'était idiot.

Stevy. La route n'est pas un jeu.

Je voulu appeler notre mère sauf que j'avais appris, la veille, qu'elle ne s'était pas réellement remise de tout cela. Elle ne s'en remettrait probablement jamais mais je ne l'aiderais que lorsqu'elle sera apte à m'écouter.
Je m'accroupis dans l'herbe verte. La plus belle de cette ville. Presque fausse ...
Les fleurs prirent place et je me jura que je ne reviendrais plus jamais ici. L'enfant attira mon attention, il me rejoignit. Sur son visage, un mélange de désespoir et de candeur infantile qui lui empêchait probablement de voir la vérité en face. Lui aussi avait perdu quelqu'un ? Certainement, nous étions dans un cimetière.

- "Madame ? ..."
Je lui pris la main, sa mère distante me souriant sans bouger.

- "C'est vrai que nous allons tous finir notre vie ici ?"
Oui. Mais tu as tout ton temps.

Ma réponse n'eue pas l'air de le satisfaire entièrement. Il se contenta d'opiner à mon égard et fût rappelé par sa mère.
Au loin, les sirènes hurlaient et me firent sourire. J'oubliais, l'espace d'un instant, ce qui avait tué mon frère si brusquement. Je me souvins que c'était aussi sa vocation.
Pourquoi me laisses-tu seule, peu importe où je me trouve ? Eh bien, je vais terminer ce que tu as entrepris.
L'herbe ne retrouva pas sa courbure habituelle lorsque je me retira du parterre. Cette dernière avait plié sous mon poids et sous mes remords. Elle se plaignait de ma présence alors je me promis de ne plus la blesser.
Je fis le tour des lieux, quelques songes dans un coin de ma tête : le cimetière de Los Santos semble être un monde à part. Il n'est pas dans la ville, il n'est que dans une rue du centre-ville. Ce monde à l'allure à la fois macabre et reposant disposait d'une caractéristique typique de ce genre de lieux, il me parlait sans cesse.
Lorsque j'observais les tombes, les noms, tous furent cités dans ma tête tels les éléments d'une longue liste offrant l'accès au paradis, ou simplement à l'ultime rédemption. Je lisais tout et me convaincs que c'était mieux ainsi, tous devaient avoir une vie très paisible maintenant.

Même Stevy.

L'émotion me frappa de plein fouet à l'instant même ou je passa les deux hautes portes aux pointes d'acier acérées. Mais merde, tu m'as abandonnée. Sentant le sol se dérober sous mes pieds, ne pouvant contenir mes larmes, je m'assis là. Le mur était froid, aussi froid que cet endroit. En face, un pauvre homme faisait la manche, il me regardait de son air inhumain et dépravé. Il ne me voyait pas, il ne voyait que l'espoir que j'aurais pu raviver chez lui. Alors, la mort dans l'âme et les joues humides je lui offris le rendu de monnaie de mon dernier sandwich.

Aujourd'hui, j'avais troqué mon air lugubre contre un sourire éphémère. Mais, au secours, je devais parler. Je n'avais pas ouvert la bouche depuis des mois, si ce n'est pour acheter de quoi remplir mon réfrigérateur. Cinquante cinq dollars, s'il vous plaît. Voilà.
Non. Tais-toi. Engages-toi. Il était aussi vrai qu'un dossier de réintégration était partit ce matin. Il devait traîner sur une pile fraîche, quelque part dans le centre-ville.
Ce soir, j'irais réparer mes souvenirs en remplaçant les vieilles images par de nouveaux clichés. Je me fixa un objectif précis : profiter du coucher de soleil Californien et immortaliser ses caresses lumineuses.

---

Ce nouvel appartement est encore plus miteux que l'ancien. On dirait un studio d'artiste sans hygiène de vie. Soit, je dois ressembler à ça sous mes cheveux roux. Une artiste refoulée, anciennement assermentée avec une mort involontaire sur la conscience ... parmi les autres morts que j'avais du causer en jouant de mon ancien Colt. Emilie, tu crains.

J'avais paramétré mon appareil : balance des blancs sur quelques Kelvin faibles afin de compenser les lueurs orangées trop saturées ; pas d'éclair de flash ; une exposition longue et une ouverture moyenne.
En bas de chez moi, ma voiture m'attendait. Celle qui m'aura été la plus fidèle, à tel point que je la voyais comme une amie. Il ne me fallut que quelques minutes pour rejoindre la Marina et les environs de Santa Maria Beach.
Je trouva rapidement un emplacement idéal un peu en hauteur et surtout, sans la possibilité d'être dérangée par le premier passant déterminé à remplir mon cadre.
Tandis que le soleil du crépuscule, mourant, frappait ma lentille et réchauffait avec peine mon visage, je déclencha, mon téléphone vibra et ... je le fis tomber. Décidément, toujours au mauvais moment. Vais-je apprendre que ma mère était aussi décédée ? Aïe. Arrêtes de penser à ça.

Je réenclencha, me baissa mais, maladroite, manqua de faire tomber le trépied. Comme jouer avec une savonnette semble être délicat, je grogna en guise de désarroi.
Au sol, mon téléphone déverrouillé me hurlait de le récupérer et de lui ôter tout ce sable qui obstruait ses prises.

Le répertoire était ouvert. Devant moi, Santa Maria Beach. A l'écran, dans ce répertoire, un nom qui me fit gémir de douleur. A côté de moi, une photographie ratée, mal cadrée. Je fais tout de travers.


---



La nuit.
Le cauchemar du photographe. Le syndrome des "basses lumières", là ou les ombres vous jouent des tours, bouchent vos rendus et bruitent vos images. Qui n'a pas déjà tenté de photographier en basse lumière, sans un flash ?
Voilà à quoi ressemblait le bouillon frénétique de mes pensées en cet instant. Plus je persistais, plus j'hésitais. Et plus j'hésitais, plus le temps passait.
Cette plage est magnifique et cette ville était magnifique. Plus je pensais, aussi : cela faisait maintenant trois mois que j'étais implantée ici et même si ce fut l'émotion et la détresse qui me conduisirent ici, je savais pertinemment qu'il y'avait autre chose. L'envie de reconstruire quelque chose et surtout de ne plus avoir l'air d'être en pause permanente. Ma vie m'a joué beaucoup de mauvais tour mais je lui rendais bien, incapable d'en vouloir à quiconque. C'était mon problème.

Lorsque j'ai quitté Los Santos, il y a quelques années, ce fut initialement à cause de problèmes de coeur. Ces derniers me coursaient sans me laisser une once de répit et le seul instant ou je parvenais à les oublier résidait dans mon métier. C'est ce métier d'agent des forces de l'ordre qui dirigeait mes ressentis, mes présomptions, mes joies et l'intégralité de mes sauts d'humeurs. J'étais parvenue à faire le tri dans tout cela, à archiver le bon, toujours à côté du mauvais sans jamais mélanger les deux.

Pour Stevy, et pour ma santé, j'allais rester ici et faire quelque chose de ma vie. J'allais lui prouver que cette sœur qu'il, je l'espère, appréciait tant était capable d'être active sans entrer dans les codes du cliché de l'adolescente maintenant adulte incapable de faire quoique ce soit de ses journées.
Le pire, c'est que c'était le cas. Je divaguais souvent, je philosophais sur le moindre sujet et ceci amusait la galerie. Ils disaient que j'étais différente grâce à cela, que je paraissais plus "sympathique" que les autres. Et, croyez-moi, ce "ils" désigne la totalité de mon cercle de connaissances, particulièrement restreint.

Il faisait noir, j'étais seule, une brise marine pour seule compagnie et une affreuse odeur ... d'égouts en fond. De la même manière que l'on tâcherait une toile blanche et pure, juste pour ne pas oublier la réalité de la maladresse du peintre. Lui donner un sens.
Ce que j'allais faire n'allait pas avoir de sens. Je me sentais sombrer de plus en plus, mon visage devait être tordu et hideux à ce moment précis. Alors j'osa et ramassa ce téléphone, qui traînait ici depuis plus d'une heure maintenant.

...


Pourvu qu'il réponde. Toi, la seule ancre à la réalité, l'image de mes antécédents, l'arithmétique à l'origine de la douloureuse équation polynomiale dont la solution n'eut jamais été qu'un tas d'idioties. Mais, comme dans tout polynôme, il y avait plusieurs solutions. Je dois en trouver une au - ...

- "Allô"

Ma mâchoire se décrocha. Aides-moi. Fais quelque chose. Continues ; parles ; vis ; hurles-moi quelque chose. Ne me laisses pas ici.
Incapable de poursuivre. Je bloquais.
Il me demanda si l'on allait jouer aux devinettes, je ne divulguais pas mon identité, j'avais peur de lui faire peur. J'avais peur de lui. Comment et pourquoi avait-il enfin répondu après quatre ans, à ce moment précis ou je traînais dans la ville ayant bercé mes premiers déboires. Pourquoi à cet instant. Je ne pouvais le savoir.
Au fond de moi, une voix me hurlait de poursuivre cette discussion et d'en profiter au maximum. La solution était là, quelque part ici bas. Juste un peu de réconfort par quelqu'un de familier. S'il te plaît.

Véritablement, il ne souvenait pas de moi en tant que tel. Ou plutôt, il refusait de se souvenir de moi. Chaque syllabe me blessait et me retournait l'esprit jusqu'à cet unique instant où le coup de poignard, orphelin et brutal, vint me couper la respiration et geler le sang dans mes veines.

Je lui avais demandé de me rejoindre un peu plus haut, proche de mon ancienne affectation. Mon téléphone raccroché ne manqua pas de me rappeler son existence à l'instant même ou je voulu le ranger dans ma poche et lorsque je m'assis sur le capot de mon véhicule encore chaud. Probablement le soleil sur la carrosserie noire. L'écran m'indiquait un nouveau mail, une notification en provenance du département de police. Celle-ci disait que j'avais été acceptée et que l'on m'attendait.
De nouveau, quelqu'un m'attendait, tout comme je le faisais maintenant. Attendant qu'il arrive. Nous attendions tous les deux quelque chose, l'un voulait se conforter ... m'assassiner peut-être ? Non. Tu divagues.

Il était devant moi, je relevais la tête. Ce fut un effort surhumain, mes mains se resserraient sur mon appareil photo tandis que nous parlions. Les envies se succédaient, les images comparable à de vieux argentiques défilaient devant mes yeux. Il déblatérait et je lui répondais d'un air robotique. Je me rendis très vite compte de ce que je faisais.
Je lui posais des questions quasiment rhétoriques afin de faire durer cette conversation au maximum.

Rassurée par ses expressions. Il n'en revenait pas. Souffrait-il ? Je n'en sais rien. Il ne l'a jamais montré. Parfois, je remuais et voulu sortir de cette pseudo-position foetale dans laquelle je lui faisais face. Comme si, par sécurité, je n'osais me dévoiler et me déplier face à celui qui provoquait chez moi des réactions démesurées. Tantôt la colère, tantôt la joie, tantôt la tristesse, tantôt l'amour même.

- "Tu t'égares"

Pitié. Parlons travail. Il comprit et changea de sujet. Je lui fis part de mes intentions et de ma récente acceptation qui datait ... d'il y a une heure.
C'était un fantôme qui me parlait mais peu importe, il paraissait bien vivant. Seules les apparences me suffisaient et me berçaient dans ma décadence. Je pensais craquer devant ce portrait indéchiffrable de l'homme atypique. Il n'en fût rien. Je me souvenais de ces instants où nous marchions sur la plage, où nous quittions le travail pour nous évader en campagne, où plus rien ne comptait si ce n'était que l'horizon et son bienveillant regard systématique de fin de journée. Je voyais le halo sur son visage.

Je voulais le toucher. Tester sa présence. Mais je voulais le frapper. Alors je ne le fis pas. Je monta simplement dans sa voiture lorsqu'il me proposa de me faire réintégrer dès ce soir, auprès du poste Central.
Alors, une situation se présenta. A ma gauche, un sujet unique, Scotty au volant, après quatre ans. Mon vieux Nikon frappait contre mon ventre. Je déclencha et l'immortalisa. La crainte de rêver ? Un cliché est éternel lui. Je venais de contrecarrer les plans du destin et me promis de faire quelque chose de cette image.

Sans encombres, je fus réintégrée. Le Commandant, dont le nom m'échappe est quelqu'un de sympathique. Il n'arrête pas de renifler et d'ébruiter des vagues de stress complètement faussées. Il devait être fatigué. Pas moi.
Je signa et récupéra un badge de Sergent de second échelon. J'oublia tout pendant un instant, dérivant au gré de mes pensées lorsque cette couleur dorée frappa ma rétine ... et je fus rappelée à l'ordre par cette poignée de main. Tout était passé si vite.
Étrangement, j'aurais voulu embrasser cet inconnu et lui faire comprendre à quel point ce qu'il venait de faire comptait énormément pour moi. Peu importe son grade.

Mais finalement, autre chose me préoccupait, ceci marquait aussi la fin de ce rendez-vous improvisé avec le représentant d'un passé pourtant si proche. Il m'avait attendue pour me ramener à ma voiture. Doux remords, j'eu encore l'impression de devoir le tuer pour survivre et m'assurer qu'il était bien vivant auparavant. C'est ridicule.
Finalement, me voici devant mon véhicule, une plaque en poche, des papiers sous le bras et toujours cet appareil photo autour du cou.

- "Je le serais peut-être un jour. Mais saches que pour l'instant je ne suis pas ravis de te revoir."

Il s'en alla et me laissa là. Un tourbillon m'emporta et m'asséna un coup fatal. Je restais debout, la mort dans l'âme, persuadée d'avoir imaginé tout ça. C'est tout ? Espèce de fils de pute.
Reprends-toi. Souffles. Fais le flic ! Comme tu l'as toujours fais. Je réussis et rejoignis ma voiture, déposa le tout à l'intérieur et tourna la clé.

Sur le chemin du retour, je me surpris à pleurer de nouveau. J'en ai assez, heureusement que personne ne me voit. Je répondis machinalement à ses derniers SMS et renversa un cône de signalisation.

Sur ma carte SD, trois images. Dans ma tête, une seule image. Sur le papier, une image également. Dans ma poche, une plaque de Sergent. Je voulu le rappeler et tenter de comprendre toujours plus. Mais je me heurta à mon journal d'appel : 100 appels sans réponse. J'avais tenté pendant quatre ans. La cent unième fois fût celle de ce soir. J'effaça. Ma vie recommença.
Une présence, une ville et un métier. Mes déboires furent couverts par l'espoir lorsque je traversa le couloir. Il fait noir.

Espèce de fils de pute. Mon cerveau ne répondait plus. J'étais sourde et aveugle. Cette soirée se termina sur une crise de tétanie, ou peut-être d'épilepsie. J'ai l'habitude. Penses à moi, s'il te plaît.

---





Le tunnel à l'allure surréaliste semblait n'en plus finir.

Dans chaque extrêmes de mon champ de vision se succédait, sur les murs aussi blêmes que mon teint, des rangées interminables de néons blanchâtre. Uniques guides vers le terminal des âmes, là ou se perdait toute forme de vie onirique, là ou cette sortie lointaine demeurait accueil mais aussi où écueil rimait avec cercueil.
Jusqu'ici, je m'en rendais compte, j'avais cueillis le jour comme le ferait le plus sage des philosophes, mais aussi comme la plus inconsciente et candide des femmes.
Était-ce cela qu'ils appelaient le "danger permanent" ? Cette notion me répugna, je fus prise d'un haut le cœur lorsque mon corps chuta de tout son poids vers l'avant. Désorientée, je sentis quelque chose d'anormal à hauteur de mon front. Je venais d'heurter quelque chose, probablement.

J'avais l'intime conviction que l'on m'avait poussée. En réalité, c'était bien pire que cela mais mon cerveau refusait d'en venir aux faits : j'étais condamnée à me laisser tomber sans pouvoir mettre mes mains. Aïe.
Je me souvins d'ailleurs très nettement de l'instant suivant, probablement un fait plus marquant que les autres tant par sa nature que par son caractère complètement surréaliste.

Mon champ de vision était réduit à environ un tiers du cadre naturel humain. J'eu l'étrange impression, pendant un instant, qu'il nous était possible à nous, humains, d'expérimenter l'effet "Vignette". Des bandes sombres, courbes et dansantes couvraient les deux autres tiers restants de ma vue défaillante.
Je vis une roche en lévitation, une route menait à son sommet. Pourtant cette roche était petite et je ne compris pas pourquoi il était nécessaire de conduire une voiture pour grimper à la surface d'un gravier. Étais-je à la bonne échelle ? J'en doute.
Je vis cette route danser en rythme avec les courbes noires désireuses de masquer ma réalité alternée et d'y appliquer son voile définitif sans me demander mon reste. L'instant d'après fût tantôt noir, tantôt blanc. Ce n'était pas un blanc comme les autres, il était pur. Le pur que l'on associe à la naissance, à l'enfance ... au mariage.

Je chuta. Quelque chose n'allait plus. La beauté fût remplacée par la fatalité. Ce qui ressemblait à un songe ébauché d'un carnet de croquis d'architecte surdoué vira au cauchemar.
Il y avait deux personnes en face de moi, l'une me regardait. Et l'autre me regardait différemment, je me voyais en elle à la manière dont l'on regarderait son reflet déformé dans une bulle de savon. Je ne connaissais pas ces gens-là mais je su qu'il me fallait m'en aller sous peine d'en savoir trop. Cette figure inconnue de gauche leva la main vers moi. Sa main démesurée vint me toucher l'épaule alors que son bras n'était que de taille moyenne, impossible. Son avant-bras était dans mon angle mort, je ne saurais jamais ce qu'il y avait derrière. L'autre pleurait du sang.

Cette main froide m'incitait à me retourner. Je ne le compris qu'en cet instant, j'étais réveillée. En effet, il faisait agréablement clair dans la pièce principale de mon appartement. Cette petite location avait du charme et me confortait même dans l'idée que je ne devrais jamais avoir à devoir chercher plus gros que ce qui me plaisait actuellement. Aux murs, des appliques d'un autre temps datant probablement de l'époque de la ségrégation, tout comme ses murs. Un style particulier qui suffisait à quiconque entrait ici pour se retrouver plongé dans un environnement typique de la Nouvelle-Orléans des années 50. Je décela un semblant de Far West. C'était à cause des ces fausses portes de saloon qui me servaient de cloisons improvisées ... elle détachait la pièce à vivre de ma salle de bain.

A moins que quelqu'un ne prenne un malin plaisir à m'observer sous la douche, il n'était évidemment pas utile de dépenser plus. Et si cette personne existait vraiment alors je ferais mieux de me concentrer sur la lutte spectrale qui m'attend. Cette pièce était ce qu'elle était, un cimetière à souvenirs. Je me surpris à apprécier à rester là. Mes persiennes usées ne filtraient que les plus crus des rayons et cette lumière, si fidèle alliée, me touchait le pied droit chaussé d'une vieille Converse blanche.

... Il y avait un défaut dans cette pièce. Il n y avait aucun sol.

Je chuta de nouveau lorsque tout fut interrompu aussi brutalement qu'une rayure sur un vinyle. Un souffle. Celui de l'officier, à l'époque, probatoire, Abyeta. Il me fixait d'un air paniqué, et pourtant si calme à la fois. Il cherchait une solution et je ne devais pas l'aider. Tandis que je m'efforçais de me battre contre la paralysie, étant sur le ventre, je lui parla dans l'optique de tester la réalité des faits se présentant à moi. Au moins, maintenant il y avait un sol vu que je reposais dessus.

- "Qu' - Qu'est-ce que c'est ... que sont c- ces conneries ? ..." Je ne parvins pas à en dire plus.

On me répondit mais je n'entendais déjà plus. Mon dos me faisait mal, atrocement mal et plus les secondes s'écoulaient, plus je pensais approcher l'infarctus.
Étouffée par la précédente chute précurseur de cet instant, mon cœur se serra tandis que je manquais d'air. On me plaça en PLS et l'on voulu m'introduire un tube dans la bouche à l'instant ou je protesta.

Comme l'éclair d'un flash, aussi brutal qu'un coup sur le haut du crâne, ma vision se fit claire. Je sortis d'un songe. Les sirènes de ma brigade hurlaient encore lorsque celles de l'ambulance vinrent se mêler à la cacophonie démentielle que provoquait cette foule mécanisée.
On me souleva et, à ma grande surprise, on m'installa à l'arrière de l'une de mes voiture de patrouille. On me retira un gilet pare-balle où se trouvait la coupable et unique responsable de cette crise de délire. Une cartouche de 7.62 mm que l'on me posa dans le creux de la main. On me souri, on me gratifia d'autres sourires et on me posa une question que je compris de moitié.

La réponse avait dû être la bonne, je rentrais au poste en compagnie de mes deux ... Officier probatoires. Ces derniers paraissaient inquiets et j'aurais voulu leur hurler que tout allait bien même si tout allait mal.
Le temps s'arrêta lorsque je passa l'entrée du poste.

Je devais me changer, mais pourtant j'étais de nouveau seule. Des centaines de personnes me regardaient de face et contre mon gré. Je ne pouvais détourner mon regard tant il y en avait partout. Temporellement morts, biologiquement complexes et humains, ils penchèrent tous la tête dans la même direction lorsque j'entrouvris la bouche, tétanisée. Je ressortis à reculons, mais mes collègues n'étaient plus là eux aussi.
Je fixa mes pieds, des bandes jaunes épaisses au sol, un espacement régulier entre chaque morceau de cette ligne brisée et, qui plus est, un rail de sécurité qui touchait mes mollets et m'empêchait de progresser. Le temps de cette réflexion, je constata que mes potentiels agresseurs n'étaient plus là, plus personne ne me regardait.

A part cet afro-américain, là-bas. Il me visait de sa carabine M4. Je cherchais mon arme qui gisait au sol à quelques mètres et releva la tête à l'instant même ou, sans que je ne puisse entendre le son, j'avais déjà senti la douleur.
Je m'effondra, tête en avant, dos endolori, esprit noyé et âme détruite.

Le tunnel refit son apparition et les néons se rallumèrent finalement. J'étais à l'arrêt, oui. Mon lit était douillet, ce jour-là. Ou plutôt, mon lit d'asphalte. J'écarquilla les yeux lorsque le médecin se pencha sur moi et me souleva pour m'installer dans ma voiture de patrouille pendant que l'on me badigeonnait le dos nu de pommade à la cortisone.

N'avais-je pas déjà vécu cette scène ? J'étais réellement sortie d'un songe. Je le sus puisque la vignette n'y était plus, mon champ de vision était complet. J'étais vivante et avait fait la rencontre avec une cartouche ne m'étant pas destinée. Jefferson ...
Dieu merci. Tout ceci n'était qu'un rêve, un rêve d'une personne ayant frôlé la mort.

Ils appellent ça une Expérience de Mort Imminente. E.M.I. Comme mon surnom.

J'embrassais la vie et la chance d'avoir survécu lors ... de mon deuxième jour de travail. Je me jura de porter un gilet en tout temps.

Personne ne vint me réconforter, physiquement parlant. J'aurais voulu que ce soit le cas. S'il vous plaît.

---






Il faut que je puisse capturer ces arabesques. Elles m'apaisent.

Cette vue n'aurait pas été possible à imaginer si je n'avais pas obtenu ce logement. Mon salaire était à l'épreuve des balles, lui aussi.
Voilà que je me retrouvais face à cette petite maisonnette située à deux pas de la plage. Je pense sincèrement que c'est l'endroit le plus paisible du quartier. Il y fait parfois un peu trop chaud lorsque le soleil décide de jouer avec les surfaces sombres. C'est naturel.

Suite à mes expériences passées, je n'avais pas demandé le moindre arrêt de travail. Et pour cause, je n'en vois pas l'utilité. Je ne suis pas ici pour regarder la télévision ou encore me prélasser devant la décadence de ce monde urbain sans queue ni tête.
Dehors il fait assez frais finalement, cette sensation de chaleur n'était peut-être que dans ma tête.
Pourquoi ais-je si chaud, en permanence ? Je noya cette fausse fièvre dans l'aspirine. Mon dos me rappelait à quel point la gravité est un concept impitoyable.

Je décida de constater les dégâts.

Là où ma colonne vertébrale dessine de douces courbes, et même exactement au milieu, se trouve une tâche très sombre. Je ne vis que la moitié alors j'entrepris un numéro de contorsionniste pour parvenir à analyser le reste.
Aux alentours de ce point d'impact, le sang semble s'être arrêté de circuler. Des tâches bleues encerclent cette première, le tout formant des stries et de sinueuses marques jusque sous mes omoplates. Je compris que ce n'était que bénin, mais il y avait un problème subsidiaire : je ne sentais plus du tout cette partie sombre, là ou ma peau n'était que surface organique sans vie.

Cette blessure, cet impact atténué ressemble véritablement à mon état d'esprit. Je me surpris à constater que, sur la commode située sur ma droite, se trouvait la photographie que j'avais pris de lui. Pourquoi je fais ça. Cela ressemble en tout point à un délire d'adolescente.
Je songea fortement à faire le point. Cette tâche sombre était ma vie en ces lieux, ces stries bleues, mes buts. Leurs couleurs ? La gangrène sentimentale. Je me sentais empoisonnée. Ceci se confirma lorsque mon regard croisa celui de mon reflet dans ce miroir flambant neuf.

Ce reflet ne représentait rien. C'est une jeune femme qui ne fait pas ses trente-ans, c'est vrai. C'est aussi une jeune femme qui à décidé de se trouver une raison de revenir sur les traces de son passé afin d'honorer la mémoire d'un frère qu'elle n'a que trop peu connu, c'est vrai. C'est une jeune femme rousse, également, c'est plutôt réussi, c'est vrai. Mais lorsque je vis plus loin, je ne vis rien : c'est un vide conceptuel qui m'entraîne sans cesse vers le bas et me tient la tête sous l'eau comme un véritable assassin.

J'inspira et ferma les yeux. Je repensais à cette journée.

Le matin même, mon premier briefing fut le moment le plus agréable. Comme à mon habitude, je m'étais rendue à l'Ouest dans l'optique d'y assurer mes habituels horaires en décalé. Je n'aime pas dormir. Il fait noir. Je préfère le travail, la nuit. Alors ce noir est moins opaque et je sais que je peux l'affronter, sans le subir.
L'effectif n'avait cessé de me complimenter, certains n'arrêtent même pas de me regarder. Qu'est-ce que vous me trouvez ? Arrêtez de parler de mes apparences.

La journée passait d'ailleurs sans accrocs. Je me retrouvais face à ce pauvre morceau de pain et le plat de résistance. Je ne mangea que le pain, il vaut mieux courir avec un ventre qui n'est pas trop plein.

L'après-midi fut différente, je sentais qu'il me fallait faire appel à cette hargne d’antan. Celle qui guidait mes pas sur la voie de l'imposition de la légalité à ceux qui n'en faisait que tout le contraire.
Déjà je me retrouvais face à homme moyen qui, à mon arrivée, fut déterminé à simuler un désir fou à mon encontre. Il gisait au sol et marmonnait des phrases incompréhensibles alors que mes collègues venaient de le menotter. J'approchais sans convictions particulières, ce rat est bien dans son égout. Je ne fis que le penser. Je ne l'ai jamais dis.
Il m'offrit l'agréable opportunité de contribuer au renouvellement de la race humaine. Une idiotie au vu de ses capacités incertaines à tenir un regard sincère plus d'une demie-seconde.

Sa main se posa sur moi ... La mienne heurta sa joue qui explosa au contact de mes doigts. Je fermais un œil et savoura presque le goût du sang qui s’immisça sur mes lèvres. Il chuta, accompagné par "Woouuuuwww" acharné de l'officier Torres qui ne manquait visiblement pas d'apprécier ma réponse rapide.

Gît ici.

La soirée vint vite et le silence dans ce poste était assourdissant. Mon téléphone vibra et me sortit d'une torpeur post-dînatoire.
S'en suivit quelque chose que je n'oublierais pas.

Elle m'envoyait des messages dans le seul but de me donner un rendez-vous. Un rendez-vous autour d'un sujet commun, disait-elle. C'est une folle. Elle me le confirma au SMS d'après. Je sentais mon expression se dégrader au fur et à mesure de nôtre échange tandis qu'elle en vint à me parler de mon ancien grade.
A t-elle osée ? Lui, et après elle ? Lui, étant le sujet de discussion imposé par elle ? Je déclina le rendez-vous et jeta mon téléphone en travers la pièce. Le reste ne fut qu'insultes.
Elle m'a provoquée et je ne la connaissais même pas.

...
...
...

Je devais rentrer chez moi. J'avais encore des traces de sang sur les doigts. Je l'ignorais. La réalité fut bien plus difficile, je n'arrivais pas à être en colère. Elle ne fut qu'éphémère et me quitta aussi vite que cet accident d'il y a quatre ans.
Que cette voiture fut douillette, subitement. J'y passa près de deux heures et songeait à m'y assoupir. Je ne voulais pas revoir mon appartement pour le moment.

Je me résigna. Il fallait rentrer.

Plus j'avançais et plus cette étrange sensation de ne tenir qu'à un fil se confirmait. N'était-il pas suffisant de devoir encaisser la douleur du spectre de l'amour ? Il fallait aussi que l'on m'y rappelle à l'ordre.
Heureusement que ce métier compose l'autre moitié de ma vie.
Les gens m'apprécient et je me jura de ne pas les décevoir. Certains m'ont prouvés en quelques jours qu'ils avaient besoin de moi.

Je voulu l'appeler et ne plus jamais le voir. Lui dire que plus jamais je ne le regarderais. Qu'il était redevenu l'inconnu indéchiffrable et porteur d'un doute permanent. Celui que j'ai envoyé en mise à pied ces quelques années plus tôt. Je persistais dans l'idée que quelqu'un voulait se débarrasser de moi, sa conscience ou la mienne, voire ma précédente interlocutrice.

La fin de soirée fut l'emblème de mon moral. Je m'étais assoupie devant une énième série idiote aux idéaux politiques masqués. C'est véritablement idiot. Je n'avais, de toutes façon, rien suivis et tentait déjà de me convaincre de rester naturelle.
Il me fallait trouver une autre voie et me reconstituer autrement. C'est assez et je devais trouver la force.

Cette force ne fut pas trouvée. Elle n'existe pas et n'est que mirage de mes désirs profonds. Elle flotte à la surface de mes ressentis sans même vouloir de moi. La force physique, elle, est réelle. Je pensais que c'était utile dans la police et cela me permet de tenir quelques malintentionnés à distance alors je me contenta de celle-ci.

Lorsque je rejoins mon lit, aboutissement logique d'une journée inintéressante, je compris que tout ce qui venait entrer en ligne de réflexion ces quelques heures plus tôt ne furent, en réalité, que des concepts sans hypothèse. Des projets sans trame. J'ai toujours vécu au jour le jour alors peut-être devrais-je faire ainsi ? Mon questionnement fut interrompu par une arrière pensée qui fit irruption dans mon subconscient. Mes yeux venais de s'échouer sur le calendrier de l'avent à côté de mon lit. Je n'ai pas honte.


Toute envie de renoncer fut prise à partie lorsque je finis par m'endormir, ce soir-là. Je devais arrêter de penser. Une larme solitaire voulu pointer. Il n'en fut rien.
D'ailleurs, ce que j'avais fais avant de m'endormir et qui m'avait ôté toutes mes forces, ceci, restera un secret. Je sais fondamentalement que de se rapatrier sur les plaisirs les plus simples suffit parfois à effacer les plus grands déboires ... et je suis plutôt douée pour satisfaire mes envies en solitaire.

Mon subconscient n'était pas guéri et répondit avec force : ma nuit fut blanche.
Mais.

J'avais trouvé ma ligne de force : mon attaque était ma défense.


---





Les forains squattent sur les pavés des villes en fête
Où les chiens se déchirent en s'arrachant la tête.
Les vagues d'intimité se voilent de brume & d'ombres
Avec le bruit du temps qui frappe à la pénombre.

Féminité pulpeuse et Beauté mystérieuse
Dans le reflet des âmes et des pensées houleuses.
C'est la noce des nues, la noce des hobos,
C'est le train de minuit qui roule au point zéro.

Là-bas, sur les terrains, vagues de nos cités,
L'avenir se déplace en véhicule blindé.
Symphonie suburbaine et sombre fulgurance
À l'heure où les sirènes traversent nos silences.

Quelques statues brisées sur fond de ruine gothique

Et des saints défroqués noyés dans le formol,
Avec d'étranges trainées rougeâtres aux auréoles.  

Pas d'émeutes aujourd'hui dans la ville aux yeux vides,
Juste quelques ados qui s'exercent au suicide
Et quelques fols hurlants roulant des quatre feuilles
Au terminal central des retours de cercueils.

Clairvoyance égarée dans les versets d'un drame
Où l'on achète le vent, où l'on revend les âmes,
Où les soleils' austères des aurores éternelles
S'attaquent aux somnambules qui sortent leurs poubelles.

Les machines à écrire s'enflamment sur la neige,
Les auto-mitrailleuses encerclent les manèges,
La roue tourne en saignant sur son axe indécis
Entraînant des enfants aux allures de zombis.

C'est Goethe à Weimar qui n'a pas vu le temps
Futur des Dakotas dans les ténèbres en sang
C'est l'onde de chaleur, dans le désert glacé,
Qui annonce le retour des printemps meurtriers.

Extrait des "Divagations et figures de styles intemporelles" d'Emilie.

---



Ses paroles, comme un incessant flot d'actions sans portée.

Ce qu'elles représentaient en cet instant ne pouvait se résumer que par l'inconsistance de mon attention. Ses débuts furent subtils et maintenant je me souviens.
Mon regard s'était posé sur cette personne à l'allure banale et sans démarcation. Cependant, ce ne fut non pas sans arrières pensées que j'avais poursuivis cette longue discussion sur l'avenir de l'âme après la mort. Était-il sur la même longueur d'onde que moi ou faisait-il exprès de me porter un profond intérêt musical ?
L'impact de mes tomes et de cette caisse claire sur l'esprit des auditeurs n'était plus à démontrer non plus. Je ne suis pas du genre à me vanter, alors j'appréciais ce que je faisais et je ne voyais pas le public, jamais.

Ce soir là était différent. Nous terminions notre conversation sur une longue tirade digne des plus grands philosophes sur le plus pur des sujets, et pourtant sans impact. Pour la première fois depuis trois ans, j'appréciais de nouveau la présence d'autrui à mes côtés. Personne jusqu'alors n'était parvenu à limer l'aigüe courbure de mes paroles acerbes lorsque le thème de la passion, de l'amitié ou même de l'amour revenait sur la table.

Son passé demeure banal. Lui aussi avait ce quelque chose qui l'avait soudainement rendu itinérant. Je l'aime bien, dans le présent. Je le déteste dans le passé. Il s'intéressait à mes traces laissées sur cette Terre alors que je m'éreintais à les masquer, à la manière du plus discret mais non moins violent des vices face à sa victime. Lâche moi !

Notre discussion s'allongeait et je l'appréciais. Je sentais le besoin de parler à quelqu'un d'un minimum de choses. Jamais je ne pourrais faire éclater la vérité aux yeux de tous. Je ne parlerais pas, non plus, de ces deux personnes que j'ai lacéré durant mon voyage vers la rédemption, dénommés "passion" et "attirance".
C'est une autre forme de passion que je mis en exergue devant ce pâle visage souriant, quelque peu renfermé mais surtout charmeur, qui me faisait face. Ses cheveux mi-longs, ses yeux sombres et son absentéisme flagrant de proximité immédiate me firent bondir intérieurement : je n'étais pas si facile que ça à approcher. Tant mieux.
Je lui parlais de la musique et de ses courbures mélodiques, ses creux et sommets d'ondes sauvages, son masque de mélancolie lorsque le tempo ralentissait. Il me souriait, de temps en temps et me remit même une cassette de sa propre production. Un travail d'amateur en somme mais efficace à écouter. Savait-il que l'électronique avait également un impact sur moi ?

L'écouter me fit repartir à l'époque de "Ratatat", le jeune groupe que nous avions fondé, mes quatre amis de l'époque et moi-même. Nous avions tenté de produire de la musique électronique et de la publier sur un blog de façon régulière. Cependant, il n'en fut rien. Après avoir joué quelques représentations, le groupe finit par éclater en deux sections distinctes : moi, et les autres.

Je ne suis pas cette représentation de la candeur. Mon sourire permanent n'est pas pour vous, il m'apaise simplement. Je suis égoïste.

Dès la fin de cet enregistrement dont la qualité semblait étonnement proche d'un Compact Disk des années 2000, j'éteignis les lumières et quitta la pièce. Ce soir serait tout autre, cette nuit même : il était tard.

Ma montre sonna 01h00 pendant que je marchais, l'allure calme et régulière et ce, malgré la pente vicieuse qui me barrait de plus en plus l'ascension. Le vent courait sur ma peau, les douces lueurs de la nuit recouvraient mes cheveux d'un voile de nuances éthérées, bleutées et argentées par réflexion directe sur ce lac sans fond. L'ondine semblait dormir elle aussi. Je souris et pris une grande inspiration.
A quelques centaines de mètres en contrebas, mon voiture me regardait de ses deux grands yeux désireux de me baigner de photons impersonnels, éclairant les moindres reliefs du sol cahoteux.

J'appréciais beaucoup, dans les moments difficiles de lâcher prise en respirant l'air plus sain de la campagne de Californie. Quel doux paradoxe : les lumières de la ville, habituellement blanches paraissaient jaunes vu d'ici.
Je m'assieds là.

Inspiration.

Expiration.

Je m'allongea.

J'aurais voulu ne jamais me réveiller.

Je repartis quelques heures plus tard en direction des vieux terrains d'entraînement du département de police. Des souvenirs me scrutaient, ici. Ils prenaient la forme de mes débuts à l'académie quelques années plus tôt.
Je voulais poser tellement de questions à Stevy, celui qui n'avait été trahit qu'une seule fois dans sa vie. Lui qui ne débauchait jamais et vivait pour son métier. Il me passait de temps en temps quelques coups de fil présomptueux dans l'unique optique de me faire peur. C'est même avec lui que j'avais fais mes débuts. Il corrigeait mes fautes d'orthographe dans mes écrits.

La vision du lac se brouilla et ma vue se mua en quelques chose de différent. J'interprétais et voyais tout. A l'instant où mes yeux se rouvrirent pour de bon, je me figea un moment.
Sur ma droite se tenait quelqu'un. Celui qui avait tenu ma main durant un temps. Il m'était impossible d'avoir des visions à cet instant.

Je compris que je n'aurais jamais du abuser des calmants, ce soir là.
Plus jamais je ne serais tentée. Une seule fois dans ma vie, je m'apprêtais à attaquer de front. Je ne souhaite pas devenir le sujet de prédilection des psychologues et des psychiatres, qui plus est et encore pire.
Personne ne le saurait dans l'immédiat. Mon téléphone regagna ma main, depuis la poche trouée de ce vieux jogging délavé. Ce soir j'enverrais ce message et affronterait celle qui avait osé, quelques heures plus tôt me défier en duel. Le repos m'avait fait du bien, le silence également, ivre que j'étais de cet instant sans la moindre pollution sonore. Les couleurs tantôt froides, tantôt chaudes de mon écran basse définition témoignèrent de l'annonce d'une tempête sans précédent. Une base solide ne pouvait être secouée par un seul esprit dérangé. Il ne pouvait y avoir plus de deux esprits de cette envergure dans le giron de la démence.

Ce soir là, je n'avais pas travaillé. Mon téléphone était éteint et déjà je préparais le lendemain d'une guerre de position bien trop récente, et pourtant déjà trop présente.

A travers les cassures indéchiffrables des fractales de l'espoir, là où tout se mélangeait et s'interprétait de différentes manières, là où les plus faibles d'esprit plient le genoux et fuient leurs rêves, je me redressa finalement. Je me promis, finalement, de faire exception à ma précédente devise.

Cette fois, la défense ne sera pas attaque mais contre-attaque sera aboutissement. J'attendrais ton premier regard.

Je vais ruiner ton esprit, indigne provocatrice de mes antécédents. Je vais marcher sur tes désirs. Je vais détruire tes présomptions et ravager tes sentiments.
Il n'est pas à toi.
Peu importe ce qu'il pense de moi.

Le message partit et guerre froide devint guerre totale.

---





Jamais je ne l'ai montré.
J'étais bien trop fière pour cela. La folie est un concept que beaucoup souhaitent définir comme un concept à part entière de nos sciences médicales. Je ne suis pas à interner, je n'ai besoin que d'internaliser.

Qu'elles étaient belles, ces lueurs du crépuscule. Mes mains caressaient le volant. La route défilait telle les bandes sonores cuivrées d'une boite à musique aux consonances industrielles. Ici ne gît que le silence. Le bruit est dominant. L'isolation du véhicule n'en était pas en reste et je me contentais de river mon regard sur quelques éléments lointains.

Los Santos. Voilà que je te fréquente depuis maintenant quelques semaines. Pourquoi ne m'as-tu pas tout dit dès mon arrivée ? Daignes-tu me vouloir encore vivante ? En tout état de cause, je l'étais.
Sur ma droite, une myriade de tâches de couleurs illustraient l'idée que l'on pouvait se faire d'un centre-ville animé d'un début de week-end. Sur ma gauche, un concept abstrait. Ses épaulettes maculées de nuances argentées parfaitement cousues en forme de gallons à l'encadrement noir d'ébène. Cette nuance était orpheline : Un Officier probatoire.

De temps en temps, il me souriait. De temps en temps, il se détournait. Et moi, je m'efforçais de lui en vouloir d'être ici. Tout instant devait être mien et j'ignorais si je devais réellement l'emmener avec moi. Déjà la soif me rappelait à l'ordre. J'avais soif de vengeance et d'alcool.
La radio crépitait mais aucune réponse ne fut donnée. Il était temps de rentrer.
Mon téléphone n'affichait que l'abysse. Tous ces pixels étaient morts, comme l'était cette sombre idée de pouvoir tirer quelque chose d'efficace de cette soirée.

Le temps me parût une éternité. Déjà il commençait à faire de plus en plus sombre, la grille s'ouvra et je sombra. Il me fallut une tape sur l'épaule pour me sortir de là. Bon sang, que cette tête me faisait mal. C'est à partir de là, que tout bascula.

Trois fois rien.

Ce moment d'absence refit son apparition quelques kilomètres plus tard, alors que j'étais au volant, maintenant, de mon propre véhicule.
Il m'avait invité à prendre un verre. Douce caresse de l'espoir aveugle versé dans les versets d'un drame. La radio déblatérait une quantité infinie d'informations toutes plus fausses les unes que les autres, brillamment déformées par la danse journalistique incongrue des reporters en quête de sensations.

Je me gara et, de nouveau, la peur me gagna. Ignorance des faits. J'entrais.

L'intérieur de ce bar respirait l'Irlandais. Une touche de Boston y avait été ajoutée, on y trouvait peut-être même en réfléchissant, un brin de Nouvelle-Orléans. A tribord, une batterie flambant neuve sur laquelle j'avais déjà eue l'occasion de m'amuser. Cap au Nord et voici mes remords. Il était là. Je n'osais pas le déranger. Mes présomptions devinrent sanction lorsque, à bâbord, mon regard croisa l'immonde.

Ce monstre se tenait derrière ce comptoir en cuivre terne. La discussion semblait animée entre les protagonistes et je ne trouva rien de mieux à faire que de m'avancer de quelques pas et de tendre l'oreille.
Je sentais le sang me monter à la tête. Celle qui avait réduit mes quatre dernières nuit à la blancheur de l'insomnie avait tourné la tête vers moi. Elle me scrutait. Quelques secondes fuirent puis le temps s'arrêta.

Cet endroit devenait ténèbres, ces murs dégoulinaient, ce plancher usé happait mes chevilles et d'un seul tintement ... le glas de ma vengeance sonna et me condamna.
Que ce passait-il. Je la voyais mourir. Oh, bon sang, que j'appréciais draguer la limite supportable de la douleur de l'être humain. Ma tête tourna de nouveau, et la pièce devint cathédrale. Tout sonnait et je pensais, durant cet instant, avoir reçu un coup sur la tête. Pire, un explosif retentit. La fumée d'une haine fantôme traversa mon corps avec l'agilité d'un spectre sans consistance.

MEURS !! MEURS !!!


Elle sortit. Je n'avais rien entendu. Avait-elle parlé ? Aucune idée. Mais elle était partie. J'avais gagné la partie.

Je fermais les yeux et inspirais. Il me guérissait d'un seul regard. Alors, je rouvris les yeux. Mon cœur décida de prendre la parole durant l'heure suivante.
Déjà ma rancœur gravit ces échelons mais je n'étais qu'une incapable. Je souhaitais lui faire du mal. Mais il était l'hôte de mes déboires, ce soir. Je parlais et parlais. D'un seul trait je vidais mon verre. Et je poursuivais. Et je le quitta.

Il n'avait rien dit. Il m'avait écoutée mais qu'avait-il pensé ? Seigneur, effacez ses pêchés.


***


La soirée suivante arborait fièrement ses couleurs. Nous avions passé la nuit entière à côtoyer quelques étranges spécimens. Deux gars du Shérif avait décidé de venir en maillot de bain. Scotty, moi, Kole et cette blonde à l'allure peu farouche dont le nom m'échappait.
L'idée même de devoir s'organiser une baignade, en pleine nuit, à la piscine municipale ne fut que motivée que par le net désir d'éviter l'antre du monstre que j'avais affronté l'autre soir. Il était maintenant hors de question de retourner dans ses entrailles.

Nous avions, aussi, enchaîné sur quantité de paris débiles destinés à prouver l'habileté au volant de quelques individus masculins en manque de mécanique automobile.
Peu importe, il était là.
Après plusieurs courses, je manquais de rendre mon maigre repas. Impossible de se ridiculiser de la sorte devant lui. J'avais, d'ailleurs, fermé les yeux durant tout le reste de ces activités, attendant que les G ne s'effacent et que mes pieds eurent enfin le droit d'heurter la Terre ferme.

Ne me laisse pas seule.

Il me ramena.

La flèche du temps se courba de plus en plus et je ne désirais plus qu'une seule chose, rejoindre ses bras. Ma conscience se mit à hurler lorsque son contact libérateur me gagna. La douceur du tissu contre mon visage, les palpitations d'un cœur de marbre sur des parois de soie. Je savais qu'il n'était que cela. Mais il ne voulait pas. Je me resserra et perçu l'humidité d'une larme. A tout jamais, celle-ci me marqua.

Restes-là.

Restes-là.

Restes-là.

Le contact de ses mains me rassurait. Mais il ne voulait pas de moi. Il me garda contre lui ce soir-là et s'éclipsa le lendemain matin, de bonne conscience d'être parvenu à m'accompagner dans une nuit de sommeil bien méritée, reposante, apaisée et sanguinolente de doutes dont seule ma personne pouvait sonder les inextricables déroutes.
Un contact physique sans impact moral. De nouveau, sa glace me trouva sans mal.

Mais son odeur était là. Mon cœur battait. Mon esprit luttait. J'hurla.
Ma voix, elle, s'absenta.

Pour la première fois, mes sanglots se manifestèrent. Il me gagnèrent comme la gangrène. Il n'était plus là, ce matin. A quoi avais-je bien pu penser.
Je ne pouvais pas m'approprier sa personne comme je l'avais fais. J'ignorais ce qu'il pensait. Je voulu me convaincre d'avoir bien fait.
Je tournais, je me retournais, j'élançais mes mains vers ma tête, glissant mes doigts dans mes cheveux, cherchant un recours à l'ultime sanction qu'allait m'infliger, encore une fois, mon cerveau mourant de jours en jours. Je devais me calmer et y arriver. Je me devais de remettre ce masque de plomb et faire bonne figure devant mes coéquipiers.
Je m'exécuta et inspira.

Langueur et envie ... je souriais, j'étais heureuse. Mais mon cœur, lui, était ailleurs.




Dernière édition par Emilie Redfield le Mer 9 Mai - 1:58, édité 80 fois (Raison : Chap.18 en ligne)
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Emilie Redfield le Ven 18 Nov - 5:38




Suis-je si chanceuse que cela ?

Loin de moi l'idée de croire au destin, ni même aux aléas de ce dernier. Selon moi, tout est hasard et influence de nos actes. Il m'est même arrivée de me demander si je devais réellement mériter tout cela et adopter toute les postures face à ce qui se présente à moi.
Tout ceci est vrai.
Durant toute ma vie j'ai adopté des postures et fais des milliers d'états d'âme. J'ai même pu, aujourd'hui, me recentrer sur des faits concrets et ouvrir les yeux quand à ce qu'offre la vie.
Tout ceci est faux.
Je n'ai jamais ouvert les yeux. Pourtant, j'ai vu. Tout ce qui vous à été conté ici est vrai. Mes ressentis le sont d'autant plus. Je suis une rêveuse consciente de ce qui se produit à tout instant et une digne détentrice du Carpe Diem. Mais je me pose maintenant cette autre question : qu'est-ce que je deviens ? Suis-je capable d'effacer un ressenti pour le remplacer par son homologue et faire comme si de rien n'était ?


Les étoiles couvraient leurs derniers ébats. Ces dernières me regardaient et me sommaient d'ouvrir mon esprit à l'ivresse de la tentation.
J'arpentais ces falaises empruntes de joie, je les escaladais et n'étais, jusqu'alors jamais tombée. Je n'en avais pas la moindre intention mais je savais, au plus profond de moi-même, que si je chutais je ne me relèverais jamais.
Arrivée au sommet, alors je me reposerais et contemplerais le doux spectacle du débâcle des sentiments.

Mon regard dévia vers le fond de cette pièce qui fut, autrefois, la chambre d'autrui. Les lieux étaient ornés de bribes de présent, soigneusement fixées à l'aide de mes épingles du passées.
Pendant un bref instant, je ne voyais plus ce qui se tenait devant moi. Celui qui se tenait devant moi. Toute âme saine m'aurait pénétré l'esprit et m'aurais retourné les neurones pour agir en personne désireuse de voir de telles choses se produire.
Il sentait bon. Voilà ce qui n'avait pas changé.
Malgré tout ce qu'il pouvait dire, tout était différent ... sauf ce parfum, peut-être que je ne faisais que me l'imaginer.

Des semaines après une arrivée ébranlée par les remous d'une mer de peur et d'appréhension, pour la première fois, j'étais vraiment heureuse. Je m'enivra de l'instant lorsque mon esprit décida de rompre tout contact avec la terre ferme. Egalement, pour la première fois depuis maintenant quatre ans, je ne pensais plus, non plus.
Et si - .. ? Non.

Mon oreille à proximité d'un palpitant que j'avais encore du mal à cerner dans son comportement me donnait l'impression d'être une voyeuse aveugle. J'entendais tout ce qui pouvait se passer là-bas, ou habitent les ressentis et où la raison est bannie. Aimait-il ?
J'aurais eu envie de lui dire que j'ignorais tout. Que je ne savais pas gérer ce genre de situation et que la peur de suivre un regard qui m'a blessée pendant longtemps me hantait.
La sincérité du moment effaçait progressivement mes préjugés lorsque je me noya, en un instant, dans ce regard sortit de nulle-part. Était-il réellement si proche que ça ?

Intérieurement, ce que je ne souhaitais pas voir se produire ici commençait déjà à se profiler à l'horizon. Cette ligne virtuelle, brisée par un obstacle d'une envergure suprême, par l'être qui me caressait les flancs et flattait mon dos, celui que je craignais finalement tant.
Il gagna mes derniers retranchements. Je ne me sentais pas prête ... à être prête. Il posa ses lèvres sur les miennes.
Et si - .. ? Non !

Je ne me souvenais plus de ceci. J'ignorais même comment était-ce possible de l'oublier. J'hésitais mais il me guidait puis, l'espace d'une seconde, je me confortais dans l'idée de ne pas avoir perdu la main. Ses soupirs discrets ravageaient mes doutes quand à mon intégrité physique. Ça aussi, je l'avais oublié. Pouvait-on réellement apprécier m'embrasser ? Moi, et mes humeurs masquées. Je cultivais l'image du doute et l'antécédent du mystère en décorant mes émotions.
L'instant me paru durer une éternité mais le goût de la victoire après la défaite m'allait bien. C'est ce qu'il représentait, pour moi.
D'ailleurs, j'aurais voulu me taillader les veines, non pas comme toutes ces personnes dépressives et accablées par la vie, car ce n'était pas le cas, mais plutôt sous pression de la timidité qui frappait à mes tempes.
Cet instant était gênant, mais délicieux.

L'horloge me toisait. Ses aiguilles me pointaient d'un étrange minuit. Lorsque nous avions rompu notre étreinte, je ne pu me détacher de ses bras et me mit à lutter férocement contre la fatigue qui me tirait en arrière à chaque instant.

Doux dilemme que fut l'instant de décision.
Il coucherait dans le canapé du salon, hors de question.

Arrête de penser. S'il te plaît.

Les jours suivant furent les meilleurs et ses câlins me suffisaient. Pour l'instant.
Et si il - ... recommençait ?




Le temps passait, les souvenirs mourraient et les annonces fleurissaient.

Voilà maintenant plus d’une semaine que j’avais planté cette graine d’espoir. Celle-ci semblait fleurir à vue d’oeil. Ne m’en déplaise.

Mes pupilles dilatées semblaient vouloir s’imprégner de ce décor qui m’était inconnu. Pour la première fois depuis mon retour, je désirais. Je ne parvenais pas à cligner convenablement des yeux. Au contact de ma peau, les rassurantes ondes de chaleur d’un duvet qui n’était pas miens. Je me retournais, encore et encore, happé par l’irrésistible envie de rester au lit, seule, en profonde conversation avec cet oreiller. Seule entité capable d’absorber mes déboires nocturnes, souvent agitée que j’étais.

Pourtant, la globale sensation de m’être enfin reposée m’enivrait au plus haut point.

Le réveil sonna.

Prise en défaut, sur le point de refermer les yeux, je soupira. Pourquoi dois t-il, sans cesse, détruire ma torpeur. Une idée étrange me trottait derrière la tête, mais j’ignorais réellement pourquoi elle demeurait. Peu importe.

Je me glissa dans le couloir du premier étage. Il y faisait bon et l’odeur du plancher vernis occupait mes sinus. Comment avait-il fait pour se procurer, si rapidement, de tels quartiers ?

Je me rendis vite compte que j’agissais en parfaite étrangère à ces lieux. Je passa devant la porte de sa chambre, traînant les pieds. Il dormait encore. Ainsi, en voyeuse dans l’encadrement de cette porte, l’analysant de mes plus éclairées présomptions, je souris. L’instant me déchirait véritablement entre deux insoutenables décisions. Il était clair que je n’avais pas l’envie immédiate de rencontrer la routine, d’enfiler un uniforme et de lutter contre les sempiternels défaut de cette ville. Il ne le saurait jamais.

Non sans me sentir un minimum coupable, j’entrais dans la chambre et l’observa un peu plus. L’ultime nécessité de m’imprégner d’une présence que je n’aurais probablement jamais pu imaginer de nouveau dans ma vie me comblait indirectement. Paisible. Mes lèvres se tordirent sous le poids d’un bonheur latent, différé de l’instant alors que je me remémorais encore l’instant ou il m’intima de le rejoindre chez lui.

Cette arrière-pensée était toujours là, je pris la décision de lutter contre son existence même. C’est réellement déplacé. Ce n’est pas dans mon caractère. Je ne devais rien brusquer.

Déjà alors, j’avais quitté la pièce et entreprit de me préparer.

Je quitta la maison alors qu’il faisait encore nuit.

Sur toute la durée du trajet, les hauts-parleurs de mon véhicule crachait un vieux post-rock expérimentalo-psychédélique que je ne saurais assumer dans tous mes états d’esprits. Cette musique avait un don pour me transporter loin de mes soucis. Mais elle avait aussi cette effet inverse qui était celui de me projeter parfois bien trop en avant, voire en arrière. Je décida de faire un détour.

Ce pont avait signé mon retour. Le long de la double voie était installé un pansement mécanique géant, un rail de sécurité désaxé et décoloré, en contraste imparfait de ce mur de béton, assassin du second dignitaire de mon cœur. La mort est injuste. La vie l’est tout autant.

La journée fut ennuyeuse.

Je reçu un coup de fil aux alentours de 17h00. C’est un camion qui m’attendait. A l’intérieur, le reste de ma vie. Je venais de réussir à importer les dernières bribes d’un passé sans joie mais marqué musicalement. Ma batterie. Il était clair que faire du bruit était quelque chose que l’on ne pouvait me retirer et que, encore aujourd’hui, je continuerais à affirmer. Entre mes doigts, sans habileté particulière, les baguettes virevoltaient depuis mon plus jeune âge. Depuis toujours, même, l’instinct me guidait quant à la frappe à exécuter, la plus parfaite qui soit.

Je souris en y testant mes réflexes. J’ai bien fait de reprendre la musique.

Tout s’effaça lorsque le fantôme m’appela. Il n’était pas dans son assiette, Dieu sait quelles sont les conséquences de ces ressentis probablement très bien fondés. Je lui indiqua que je comptais le rejoindre pour boire un verre, peut-être même lui parler de mes nouvelles décisions, lui parler d’avenir, lui parler de mes songes, et même de mes plus profonds ressentis. Hélas.

Je cueillis une âme en détresse, ce soir-là. Je le conduis à la prison fédérale. L’une de ses connaissances y était et soudain, plus rien n’existait. La tristesse le hantait et je ne me fis pas prier pour imaginer le pire des scénarios. J’étais bien trop inquiète. Et je le demeurais encore lorsqu’il sortit d’ici, vingt minutes plus tard. Pas un mot. Pas un regard. La fatigue l’avait assommé.

Il était temps de rentrer.

Je passa ma nuit à ses côtés. Enfin réchauffée par une présence rassurante, décadente de temps en temps mais pourtant si importante. Je lui murmura ces quelques mots, il dormait déjà : “ … ” Il n’entendit rien. Ou alors avait-il fais exprès de ne pas réagir ?

Non. Je préfère les passer sous silence car je suis bien trop peureuse pour cela.

Le sommeil me gagna, j’avais trouvé un cadeau de Noël mais aussi un questionnement éternel.





Dix Chapitres. Milles sourires.

Voici où j’en suis.

Confortablement assise au fond de ce bar en compagnie de quelques notes disséminées sur différents supports, je divague en fixant le lambris servant de carapace à ces ces vieux murs. L’établissement est rustique et je peux même discerner quelques traces d’usures ne provenant pas de l’âge des lieux.

Une infinie quantité de gens ont du poser leurs têtes, ici. En effet, là où se termine le dossier de ce fauteuil biplace type “Diner Grand Ouest Américain” ou Buffalo Grill, voyez cela comme vous le souhaitez, le bois fin présente des décolorations.

Qui sait combien de personnes ont adoptés mon point de vue. Puis-je le savoir rien qu’en y testant la différence de teinte ? Ais-je réellement le b - …

Je réalisa à quel point cette réflexion était stupide. Je me pencha vers la section extérieur de mon petit enclos privatisé. Je lorgna vers la porte d’entrée, puis vers le barman : un certain Robin. Il paraissait s’ennuyer à mourir, ou alors était-il peut-être simplement occupé à composer quelques cocktails en avance ?

J’étais arrivée dès l’ouverture, pour un début de soirée prenant place dès vingt-trois heures ici. Et toujours personne.

Ce dixième chapitre, dixième étape de mon autobiographie, m’observait. Ce qui était plutôt drôle et qui me confortait dans cette insatiable sensation de folie incontinente c’était que je semblais me parler à travers mes propres lignes. Tout ceci ressemblait fortement à écrit tout droit sortit d’un mauvais rêve. Il suffisait de se pencher sur mon chapitre dédié à cette étrange “Expérience de Mort Imminente”. Comment peut-on s’adresser tout le temps à soi-même alors que l’on dispose d’un entourage auquel le partager ? N’était-ce pas qu’une simple illusion ? Après tout, il n’y avait rien de privé. Même Scotty était plus ou moins informé de mes longues phases de déperdition loin du réel et du monde des mortels, incapables de penser autrement que par des faits d’actualité ou par leurs propres ressentis, si souvent corrompus.

C’est ainsi que je révélais d’ores-et-déjà une autre facette de ma personnalité aux yeux d’un monde aveugle. Je n’apprécie pas les gens mais je ne les méprise pas. Ils n’en valent pas la peine et ne m’apportent que d’étranges contrecoups. Certains ne veulent pas que je dorme et d’autres souhaitent que je m’endorme sur leurs cas.

Certes, mon métier ne doit pas faciliter les choses. La confiance s’y perd comme dans un imparable siphon d’eau douce.

Il fit froid, tout à coup …

Extrêmement froid.

Mon regard se reposa de nouveau sur cette feuille de papier granuleuse. Déjà plus de cinq bons paragraphes reposaient en paix sur ce linceul littéraire. J’avais enfin rejoins le présent. Même si je regrette encore de ne pas avoir pu compter d’autres éléments de mon passé.

Je fus écrouée par un manque immédiat et mes sourcils se plissèrent. Seule. Ici. Face à ce livre indéfini, tant dans ses termes que dans sa forme, son fond finalement … également. Un bazar à idées pour seule compagnie dans un lieu devenu soudainement synonyme de nouvelles peurs : l’avenir & l'autrui.

Une promesse insidieuse mais pourtant non dénuée de sens traversa mon esprit et s’incrusta définitivement dans un coin de mon cerveau d’artiste décalée. Je publierais ce livre le jour ou je ne serais plus capable d’écrire. Non, j’écrirais même par la pensée si il le faut.

La porte s’ouvrit, un courant d’air passa et couvrit ma peau d’innombrables aspérités dont le sens fut définit quelques instants plus tard : le froid était maintenant réel. Avais-je eu comme une espèce de pressentiment ? Peu importe, personne n’entra et la porte se referma. Quel étrange spectacle … il fallait mieux faire passer cela par ce fond de Vodka. Il n’y avait même pas un pouce dans ce verre mais, étrangement, cela m’aidait à me concentrer.

Mes cheveux retombèrent sur mon visage à l’instant ou mon regard regagna la page souillée d’une encre de poète en manque d’affection. Les douces courbes des pleins & des déliés semblaient danser au fil de mes pensées. Elle garnissent simplement mon inspiration d’une auréole de grâce littéraire. Ne faut-il pas savoir, en plus de poser ses idées, les mettre aussi en forme ?

Je me sentais souvent seule lorsque j’écrivais. Même en compagnie d’autrui. Ce qui n’arrive jamais car je déteste devoir écrire en compagnie d’autrui. Je n’y arrive simplement pas.

Il ne me fallut que quelques minutes de plus pour réaliser que ce verre était vide et que ma page était pleine. Je gagna de nouveau les interlignes, brisa les inconditionnelles barrière de l’autocritique et relu mon texte avec l’avarice du goût et la critique acerbe comme seules compagnies. Je fus frappée par un détail particulier lorsque mon doigt, me servant d’aide à la lecture, heurta les dernières syllabes. Je revins en arrière et constata par moi-même.

Je viens d’écrire tout cela ? Au passé ? Pourquoi ? Ou suis-je maintenant ? Si tout ceci est passé alors ce que je pose maintenant comme ligne ferait-il aussi partie du passé dès ma levée de plume ? Quelle horrible sensation.

Je suis incapable de me détacher du passé, il me poursuit et talonne mon présent. Cette plume en est la preuve. Et les lettres qu’elle pose en sont les témoins.

Jugement rendu. Séance levée. Je me leva et fit coulisser la poignée du bar quelques secondes plus tard.

Une fois assise dans ma voiture, le carnet de notes reprit sa place dans la boite à gants. Je l’ouvris pour y ranger également quelques autres innombrables babioles traînant là et encombrant mes tapis de sol. Alors que je me battais avec le véritable écosystème développé ici bas je n’avais pas vu celui qui m’observait, de par dessus mon épaule droite. Tout comme je ne sentis pas celui qui se posa sur mon épaule gauche.

Ils se mirent à me parler et me guidèrent dans un choix face auquel je n’aurais jamais trouvé de réponse : Quoi de mieux que d’illustrer la mort par l’érotisme ? N’est-ce pas ici un moyen efficace de décrédibiliser cette entité qui nous repousse tant ?

Pourquoi pensais-je à ça ? Il n’y avait donc véritablement aucune logique dans ma façon de pensée. Tout entrechoquait et s’ébruitait de soupirs et autres signes d’agacement conservés dans leurs formes discrètes. J’avais envie de tout et de rien à la fois. Je déteste encore aujourd’hui cette phase.

Je compris finalement pourquoi je divaguais autant. Il y’a quelque chose qui clochait dans cette mécanique d’horloge jusqu’ici imperturbable.

Rassurez-moi. S’il vous plaît. Rassurez-moi sur le conscient et l’inconsistant de cette vie hantée par une mort précoce, existante dès les premiers jours, à l’aube d’un moindre conflit sous-jacent et pourtant inhérent à de crues paroles souvent si peu maîtrisées dans leurs substances.

Rassurez-moi. Ne me laissez pas seule face à mes noires pensées. Ne me laissez pas décrocher à tout moment.

Pourquoi suis-je heureuse de me sentir si torturée ? Car personne ne voit à quel point tout le monde me fait peur, certainement. Ils m'attribuent une part de mystère, de la "folie drôle". Ce n'est pas le cas.

Tous le voyait-il ? J'eu une absence qui dura pendant plus d'une heure.




Rêver, chercher, apprendre
N'avoir que l'écriture et pour Maitre et pour Dieu
Tendre à la perfection à s'en crever les yeux
Choquer l'ordre établi pour imposer ses vues
Pourfendre

Choisir, saisir, comprendre
Remettre son travail cent fois sur le métier
Salir la toile vierge et pour mieux la souiller
Faire hurler, sans pudeur, tous ces espaces nus
Surprendre

Traverser les brouillards de l'imagination
Déguiser le réel de lambeaux d'abstraction
Désenchainer le trait par mille variations
Tuons les habitudes
Changer, créer, détruire

Pour briser les structures à jamais révolues
Prendre les contrepieds de tout ce qu'on a lu


S'investir dans son oeuvre à coeur et corps vaincus

Écrire ta peur de sueur, d'angoisse
Souffrant d'une étrange langueur
Qui s'estompe parfois mais qui refait bientôt surface
Usé de sa morale en jouant sur les moeurs
Et les idées du temps

Imposer sa vision des choses et des gens
Quitte à être pourtant maudit
Aller jusqu'au scandale
Capter de son sujet la moindre variation

Explorer sans relâche et la forme et le fond
Et puis l'oeuvre achevée, tout remettre en question
Déchiré d'inquiétude

Souffrir, maudire
Réduire l'art à sa volonté brulante d'énergie
Donner aux sujets morts comme un semblant de vie
Et lâchant ses démons sur la page engourdie
Écrire, Écrire
Écrire comme on parle et on crie




Le point.

Projection nécessaire sur tout ce chemin parcouru, je discernais les formes d’une inhabituelle chimère rôdant en ces lieux. Elle était ma muse et mon ennemie. Elle était ma ruse et l’allégorie de mon ennui. Mon dernier subterfuge dans un monde de tromperies.Vue du ciel, Los Santos est une ville magnifique. Sa laideur n’est que circonstancielle et n’est que purement subjective. Bien évidemment, tous les avis divergeront à son égard mais pour moi, elle demeure éternelle. Ce soir-là d’un jour inconnu, je marchais et remontais la première avenue. Appareil photo à la main, comme à mon habitude, je draguais chaque centimètre de béton à la recherche d’une allégorie de mon état d’esprit. Rien ne s’y prêtait.Je passais devant quelques enseignes se disputant la visibilité d’un public, imaginaire à une heure si tardive. Quelques entreprises multiservice fermaient leurs portes, couchaient les rideaux de fer et disparaissaient dans ce néant qui n’en tenait plus de vouloir engloutir ses dernières victimes.

Le noir.

Il me guettait à chaque angle de rue. Chaque détour lui offrait un avantage alors que pénétrais à même le dernier vestibule d’une chambre urbaine aux dimensions imprécises. Je leva les yeux et accueilli à bras ouvert cette étrange vision. Les pointes acérées que formaient les buildings de ce centre-ville maintenant mort semblaient dialoguer avec les étoiles inexistantes. Là-haut également, il faisait noir. La nuit m’enveloppait de plus en plus. Son émissaire me suivait toujours, il m’apparaissait comme un spectre malicieux à chaque fois que cet unique réverbère fermait les yeux. Mais il le chassait aussi, dès que l’ampoule au sodium crépitait d’un nouveau souffle de vie incertain, instable et lointain. Aussi lointain que ces lueurs bleues d’un gyrophare surmontant un véhicule banalisé qui disparurent aussi vite qu’elles le puent. Face à l’immense double-porte vitrée offrant un accès à la structure de verre et de fer, je pris une photo.

Ma longue marche m’emmenait vers le parc.

Là-bas, au loin, dans un de ces quartiers réputés pour ses concepts malfamés, une voiture incendiée. Encore fumante, un groupe de jeunes se tenaient autour de ce cadavre d’acier noirci par les Celsius. Ils discutaient d’un consensus. Je fus éblouie par deux phares qui me frôlèrent en ne me laissant que pour unique cadeau, un coup de klaxon. Il était évident que je devais me concentrer sur ce que je faisais et que je devais également admettre que la ville est un milieu hostile. Avoir la tête en l’air est un défaut, pour certains, une qualité et même une preuve de sagesse. Que sais-je. Chez moi, c’est une manière d’être. Alors que je chassais mes divagations je vis également la joie. Tandis que certains complotaient, d’autres riaient. Quelques jeunes enfants du coin couraient, hurlaient et jouaient à chat entre les arbres abîmés et rongés par la pollution. Eux aussi subissaient le poison urbain. La joie côtoyait le dédain d’une unité de police que je reconnu pas. Des hommes de mon affectation qui jamais ne m’auraient vus à cette distance. Tristesse. Je m’accorda une prise de vue.

Mes pas me menèrent vers le Sud.

Un festival de musique se tenait en ces lieux. D’assez petite envergure, certains artistes locaux s’y donnaient en spectacle. Les rappeurs faisaient remuer les bras et l’alcool, les jambes. La place principale donnant accès à la gare centrale était bondée. Une tout autre forme de joie brillait dans les regards. La sincérité des faits appuyait sur une plaie que, l’espace d’un instant, tous voulaient oublier et panser jusqu’à nouvel ordre. Les couples s’embrassaient et les amis discutaient. A bien y penser, tout ceci ressemblait fortement à n’importe quelle banale soirée organisée à l’occasion d’un non-événement. Le “melting pot” faisait foi et les visages sombres côtoyaient les visages clairs. Au sein même de l’euphorie rythmée par des paroles pessimistes portant sur l’immigration et le délaissement des quartiers pauvres, un personnel particulier rôdait. Discrètement équipés, tantôt mêlés aux éclats de rire et aux hurlements, ils veillaient sur la Loi. Cette invitée de prestige était partout et ne devait être nullement ignorée, ainsi le contait le premier amendement. De nouveau, ces hommes et ces femmes m’auraient reconnus. Il n’en fut rien et … Je pris un cliché.

L’espoir.

Maintenant, ma maison est intègre. Je m’y sens bien et ne manque pas de le crier à tout le monde. L’atmosphère moderne offre une grande flexibilité quant à mes exigences passagères requérant, la plupart du temps, l’intervention de dizaines de facteurs. Une fois rentrée, j’ôtais ma paire d’habituelles Converse et m’écroulais sur le premier maître des lieux, un somptueux canapé qui, autrefois, avait été mon réel premier investissement haut de gamme. Dans ma tête, tout repassait. Cette balade nocturne, parmi tant d’autres, me revigorait mais aussi me peinait. Sans cesse mitigée et torturée à l’idée de devoir en programmer une énième dans l’optique de récupérer toujours plus de matière. Je posa ma focale et mon appareil. Sans pareil, j’expira et m’offrit un verre de lait. Alors que j’enfilais des vêtements plus douillets, je réfléchissais. Toujours et encore, lorsque je retirais le tissu couvrant mes pieds, glissait sous ma couette et éteignait la lumière, je réfléchissais. Les yeux fermés, je réfléchissais.


~~~


Cette promenade ressemblait à ma vie. Est-ce pour cela que l’on peut l’appeler “balade de santé” ?

Le noir, la vue du ciel puis à ras du sol. Un tour de maître, c’est ma naissance, mes premiers pas, ma venue au monde dans un environnement banal et tâché de déchirements familiaux. Je m’étais toujours sentie toute petite à cette époque.

Puis était venu la période des derniers fracas, la perte d’un être cher, le premier. Mon père. Dans un accident de voiture au détour d’un chemin de campagne, avec un arbre pour faucheuse.

La joie qui rôdait autour de ces majestueux dignitaires de la flore locale représentait mon départ, quatre ans plus tôt. Cette fausse joie devrais-je ainsi dire, portée initialement par l’espoir puis l’abandon. Un second être cher m’avait quitté, lui, sans en mourir mais me laissant mourante de désespoir.

En conséquence j’avais avancée. Le temps de mes déboires musicaux, en compagnie de mon groupe que j’affectionne encore tant. La joie réelle vivait ici. Pour une fois, elle me faisait oublier ce que j’avais enduré. Durant quatre ans je pensais avoir refait ma vie.

En dernier lieu, la nouveauté et la chaleur d’un domicile.  L’espoir était revenu à la charge avec, dans ses bras, de l’amour et un travail.

Mais n’oubliez pas, chacune de ces étapes possède un point commun. Toutes étaient sous l’égide de la bienveillance d’âmes aux vocations violentes mais bénéfiques à la société et au droit commun. Les policiers. Ces derniers sont toujours là. C’est aussi mon métier. Et durant toute ma vie, il me suivait, armé de l’étendard de la vocation.

Ainsi se termine cette année qui marque l’ouverture d’un nouveau chapitre de ma vie. Mes écrits avançaient bien et déjà ce roman prenait forme. J’avais trouvé l’allégorie de ma vie et de mon état d’esprit : cette ville, et le reflet qu’elle me porte.

Contemplative mais fatiguée, je quitta la réalité en quelques souffles à peine. Telle un métronome, l’horloge murale guidait mon aura onirique, par paliers, au rythme des secondes écoulées jusqu’à ce que je m’endorme finalement.

Première nuit de sommeil d’une deux mille dix septième année, les pupilles dilatées sous mes paupières fermées, je quittais ces lieux la conscience tranquille.




“Mais ça, c’est à Emilie de vous le conter.”

Ou ais-je lu ça ? Il m’était impossible de m’en souvenir. Les images se succédaient dans ma tête à un rythme effréné. Tout semblait vouloir se chevaucher et adopter sa part d’importance dans une réflexion qui s’éternisait déjà. Face à mon reflet, dans le miroir d’une salle de bain qui m’était inconnue, mon portrait inverse semblait me parler. Par nature, il m’imitait. Par désinvolture je luttais contre lui.

Je m’étais levée avec une migraine démentielle et était incapable de penser correctement. En désespoir de cause, il me fallait gagner une douche méritée depuis la veille. J’étais seule. Cette vaste habitation semblait être devenue la mienne. Il fallait s’y faire, aussi. L’éloignement physique était un concept douloureux et cet endroit jouait un rôle de balancier que je ne saurais réellement vanter si ce n’est qu’il me maintenant en vie. De grands espaces comme salon, entrecoupés d’une vitre épaisse et de quelques bas-murs. A droite, à l’entrée, un accès direct à la cuisine, soigneusement masquée par l’angle droit d’un mur non plus en plâtre mais en ciment épais. Les placards étaient complets. Au fond, l’escalier n’avait pas changé de placé si ce n’est qu’il était plus large.

Finalement, lorsque l’on montait ces marches, on gagnait mes quartiers, “nos” quartiers. D’idéale adjacence, la salle de bain flirtait avec la chambre à l’aide d’un passage sans porte, tout le temps ouverte.

Ce reflet était menaçant. Mes pupilles étaient dilatées et je n’avais pas la moindre envie de rejoindre le travail aujourd’hui. Pour une raison qui m’était inconnue, je me sentais malade mais heureuse.

Quittant cette pièce avec pour seule compagnie mon anxiété notoire, soigneusement enroulée autour de mes épaules, cette dernière gratifiait chacun de mes actes par une étreinte toujours plus douloureuse. En quête d’inspiration, je me mis à fouiller dans mes affaires récemment déposées à l’entrée de la chambre. Impossible pour moi de quitter un lieu de vie pour un autre sans emporter mes quelques archives.

On y trouvait de tout. De vieilles photos, une paire de lunettes cassées, un vieil appareil photo sans doute producteur des précédents clichés, des lettres manuscrites dont certaines représentaient, non sans honte de ma part, mes premières ébauches pendant mon apprentissage de la calligraphie. Un miroir également vint prendre place entre mes doigts fins. Ce dernier, terne et jaunis par les années me renvoyait une image différente de ce que je pouvais imaginer de l’externalité d’un reflet sur une surface d’aluminium précaire.

Les premières images d’une âme solitaire hantaient cette surface.


~~~

“2000. J’ai treize ans. Bismarck est enneigée et recouverte d’une pellicule aussi paisible que mon esprit en cet instant, - ironie - . Face à mon habituel petit déjeuner, je lutte contre les céréales récalcitrantes cherchant à échapper à mon coup de cuillère. A la télévision, une insipide émission de jeunesse crie haut et fort que les enfants ne doivent pas fumer. Dans cette petit cuisine familiale, Stevy se tient face à la porte vitrée encrassée par les pattes d’un chat errant, ses empreintes trônant quelques centimètres plus bas. Il sourit et moi je couine.

A l’étage inférieur, quelques douces notes de musique rebondissent sur les murs fins et finissent par pénétrer les lieux. Je ne connais pas cette mélodie. Elle se répète inlassablement et paraît véhiculer un message d’hésitation. Ma mère serait-elle en panne d’inspiration ? C’est le première fois que les déboires musicaux de ma mère, sans cesse basés sur l’improvisation arrivent à me faire oublier mon repas. Chaque matin, elle trouve la nécessité de parler à ce piano à queue, occupant tout le place dans la petite pièce du bas. Celle ou nous n’avons pas le droit de nous rendre.

Stevy part. Il se rend à l’école. Je devrais le suivre mais n’en présente pas l’envie. Mon hypersensibilité musicale m’empêche de bouger. Je décide de me cacher derrière mes cheveux. Mon père n’est pas là pour me réprimander, il est déjà au travail. Peut-être pourrais-je plutôt aller profiter de la neige, d’ici quelques minutes.

Une minute.

Cinq minutes.

Vingt minutes.

Stevy est revenu. Je ne comprends pas, il pleure. Ma mère le console et je les observe. Je ne cligne plus des yeux. Un agent de police se tient à côté d’eux, ils sont sur le perron. Ils parlent de l’absent, il dit que ce statut est devenu définitif. Des notes imaginaires gagnent mon esprit et m’offrent un déchainement d’illusions auditives, visuelles. J’ai envie de m’en aller mais je ne peux pas. Je décide de m’asseoir lorsque ma mère vient caresser mes tâches de rousseur. Elle ne semble pas triste mais bien plus perturbée que moi. Un illustre inconnu m’accueilli, pour la première fois, à bras ouverts. Il porte un manteau long et ne dispose pas de visage, la peur n’a pas de visage et son aura est maléfique. Ses traits absent me scrutent de très près, ma mère ne le voit pas pas. Son contact me provoque des convulsions de douleur. Je ne vois plus ma mère, mais elle aussi à peur.

Le seul bruit. Le seul parasite qui déclencha ma première crise d’épilepsie. Ces notes de musique, lancinantes, mélancoliques et hésitantes m’accompagnent maintenant jusque dans mon lit. Les larmes de ma mère, très discrètes, ne me touchent pas. Elle sait qu’elle est seule mais ne sommes nous pas là pour elle ? …

Cette mélopée ne me quittera plus jamais."


~~~

La jolie rousse qui m’observait m’intima de relever les yeux  et m’incita aussi à poser le miroir. J’abandonna le carton à sa place initiale et descendit les escaliers. Quelque part, en bas, un do majeur enlaçait un fa mineur d’un ruban mélodieux taillé aux harmoniques trop longues. Un léger courant d’air filtrait à travers les persiennes entre-ouvertes.

Il avait laissé la télévision allumée. Une chaine musicale transmettait une partition de piano assignée à un reportage porté sur la contemplation de paysages de rêves. Ces quelques notes ne m’étaient pas inconnues.

Dehors, le soleil tirait à l’orange. Le soir tombait. Mon amie sans visage descendait de nouveau les escaliers lorsque la terreur d’une nouvelle crise me menaça de nouveau.

Avais-je pu passer la journée à m’observer dans un miroir ? Pourquoi cette partition était à la télévision ? Je ne me sentais pas très bien et atteignis la poche de mon jogging, extirpa mon téléphone d’ici et composa le premier numéro qui me vint à l’esprit. Certainement pas Scotty, il pourrait me prendre pour une folle.

J’appelais mon assistant à la division aérienne, il ne sait rien de tout ça. Le crise fut effacée.
Cette mélopée tapissait notre discussion d’un fond sonore et était devenue égide d’un moment, maintenant, apaisant.

Cette nouvelle demeure ne me garantissait peut-être pas un repos de l'esprit mais elle m'entrainait sur le chemin du repos éternel. Ses embûches, par contre, n'étaient pas citées dans le scénario.


Ici, et là.

De parts et d’autres de cette vieille porte automatique, usée par le temps, le passage et les incivilités d’une population hébétée, se tenait un homme et sa valise.

Mon taxi venait de s’arrêter sur l’image. Je n’eut le temps que de poser pied à terre que l’irréalisme s’emmêla et gagna mon sens aiguisé de l’analyse.

Cet homme, ni trop jeune, ni trop vieux, tenait la main d’une petite fille. Un être laissé là par Dieu lui-même, un abandon miraculeux de la Création : la perfection. Ses boucles blondes masquaient son visage et cette dernière scrutait attentivement la femme s’approchant d’elle, la main glissée dans celle de son père. Je présume. J’étais mal à l’aise et déjà l’échelle de temps me trompait. Plus je contemplais cette scène banale et plus je m’attendais à devoir, un jour, me mettre en tête l’idée de cesser de prendre tout élément pour le compte de l’admiratif. Ce compte était loin d’être à découvert.

La femme, une quarantaine d’années posée sur ses épaules et agrippée aux traits de son visage, s’approchait. Toujours et encore. Sa main droite se leva et heurta de plein fouet le visage d’un homme détruit par l’inconscience d’un amour rompu à tout jamais.

Furieuse, anxieuse, nerveuse.

L’enfant changea de main comme un vulgaire fardeau de la vie, là ou elle n’aurait jamais du se trouver. L’homme, lui, n’avait pas bougé d’un centimètre, ni même remué le moindre membre. Il encaissa la signature du divorce à grand coup de paume et pivota sur ses talons, l’âme aussi vide que sa valise ouverte dans laquelle son ex-femme fouillait maintenant à la recherche des effets personnels de l’enfant.

Le grondement soudain d’un bimoteur à réaction me fit fermer la bouche alors que je m’apprêtais à protester, en proie à l’envie ultime de protéger cette enfant de l’ardeur de la vie. Une annonce retentit, un panneau s’éclaircit et quelques lettres naquirent sur le grand afficheur de l’Aéroport International de Los Santos.

~~~

Je quittais, temporairement et pour l’espace de quelques jours des racines déjà soigneusement disposées. Celles qui fleuriraient de joie à mon retour. J’appréciais l’instant, nichée au fond de mon siège. Plus loin, la pancarte “1ère classe” trônait au dessus d’une petite télévision à écran plat.

Les 4 heures qui me séparaient de Bismarck furent l’occasion pour moi de remettre en place tout ce que j’avais vécu jusqu’alors.

Les livres. La vie. La Police. L’amour, peut-être. La peur. L’ennui. La tristesse. Les livres. La vie. La Police. L’amo - …

Impossible.

Des visages se succédèrent dans ma tête. Des dizaines. Ils me souriaient et d’autres pleuraient. Je me rendis bien vite compte que ce que je venais de citer n’étant en réalité qu’une boucle infinie. Une suite géométrique tendant vers l’infini. Ces personnes me guidaient chaque jour et aujourd’hui, ils s’alignèrent sous mes yeux. Soumise à l’inconvénience d’une envie pressante de boire la vie à grandes eaux, j’interpellai l’hôtesse la plus proche.

Les livres. La vie. La Police.

Routine ?

L’amour, la peur, l’ennui.

Comment ça ? Non.

Les - … Cesse de boucler ! Je me leva et gagna les toilettes alors que le mal de l’air me prit les entrailles aussi violemment qu’une annonce morbide. Une heure et demie plus tard, je songeais à sortir, tourmentée non pas par les secousses physiques mais par les vibrations mentales d’un malaise sous-jacent. Un autre visage venait obscurcir ma conscience des lieux. En cet instant, il fit même son apparition dans le miroir de cette minuscule pièce bruyante et odorante.

Il me fallait intervertir ces rimes et lutter contre leur envie de se rebeller. Déjà, la “suite” voulu encore inhiber mes ressentis et occulter mes sens. Quelle affreuse crise d’angoisse. Évidemment, je ne dis rien et je ne dirais rien. Il était inutile d’alerter un quelconque être humain ici. Il m’aurait posé des questions et j’aurais du répondre par des mouvements de tête.

Je fis l’erreur de m’observer dans le miroir maintenant de nouveau réarmé de son rôle naturel : celui de refléter ce qui se trouve devant. J’étais piètre à regarder. Je n’atteignais pas le centre et je ne voyais pas mon cou. Certainement trop petite pour cela. Je ressentis l’envie urgente d’appeler quelqu’un et les 11.000 mètres d’altitudes me rappelèrent que le rayonnement d’une onde électromagnétique n’est pas infini sur la distance et qu’il s’estompe selon sa puissance d’émission ainsi que d’après les obstacles potentiels qu’il rencontre.

Ma place récupérée, la transition fut classique et monotone, le reste du voyage très calme.

~~~

La fraîcheur des lieux me hantait et je me voyais courir dans cette allée couverte de feuilles en putréfaction. L’hiver déjà bien amorcé, que dis-je, le plein hiver lui-même semblait me vouloir ailleurs qu’ici.

Au bout de ce chemin cahoteux, une bâtisse se dressait fièrement. Elle n’avait pas changée. Comme face à une vieille connaissance, je lui souris de toute mon âme. Je m’approcha et lui tendit la main. En vain, elle m’ouvrait déjà les bras. Du moins, cette allée me le faisait croire.

Les Redfield avaient habités ici. Nous avions toujours un garage rempli de choses inutiles, quelques établis à l’extérieur dédiés aux activités très lucratives de mon père et de sa passion pour la sculpture du bois. Dérision lorsqu’il rentrait le soir et déposait son uniforme dans la machine à laver. Une porte fermée me barrait la route, inchangée. Peinte de blanc et de noir, écaillée par les années et rongée par le microcosme d’insectes adeptes de matière végétale et donc naturelle, elle me regardait. Les fenêtres étaient parfaitement fermées, les rideaux à l’intérieur, tirés. Je fis le tour et détailla un peu plus ce qui constituait le pays de mes premiers pas. Un jardin ouvrant sur un bois immense, lui-même sur une plaine démesurée et le tout ceinturé, à très longue distance, de la ville de Bismarck, Dakota du Nord. Quelques cheminées perçaient de leurs fumées au dessus des persistants côtoyant les saisonniers. Les pins dialoguaient de leur solitude en compagnie de quelques écureuils hagards qui semblaient s’intéresser, de loin, à ma petite personne.

J’entrais par la portière arrière qui demeurait déverrouillée, j’ignorais pourquoi. Je me convaincs de la bonne situation des lieux et me stoppa après deux pas.

Les meubles. Les murs. Les pièces. La présence. La vie. La maison.

Voilà donc pourquoi cette première phrase était écrite au passé ?

Je vis un livre, au sol et la boucle repris son cours sinueux fais d’algèbre, de géométrie et de remords. Mais elle semblait ne plus être infinie. Cette boucle était ouverte et ma vie saignait. Ici aussi, je n’avais plus grand chose. Ce morceau de papier assemblé n’était que le dernier souvenir. Un livre de cuisine.

Je n’avais jamais vécue ailleurs. La boucle saignante sur son axe indécis trouva son opposé et je compris qu’il était impossible de revenir plus loin en arrière.

Comme cette porte d’entrée. Verrouillée de l’extérieur : La maison était abandonnée.

Ne cherche plus derrière, Emilie. Retourne auprès de l’urbain, me disait ma conscience. Efface la superstition hurlait ma montre qui indiquait Vendredi 13.

La quête de mon passé s’interrompit brutalement, ici. L’impasse me souriait d’une mortifère manière.



Regardez moi, misérables humains, jugez moi mais au grand jamais, ne me dites jamais ce que vous pensez sans mon accord.

Parsemée d'embuches, mon histoire pouvait se résumer à cela. Cependant, mon retour fut bien plus brutal que ce que je ne pouvais imaginer. Effacée des son introduction, la synthèse de faits gagnait et atteignait son point record. Le long cheminement m'ayant guidé jusqu'ici me rappela que la vie n'était faite que de banalités agrémentés d'une pointe d'espoir mais surtout d'un mauvais dosage de déceptions.
Il y avait les penseurs, ceux qui restent là et attendent sagement qu'une âme bienveillante vienne à leur secours. Il y'avait les acteurs, ceux qui témoignent d'assez de force d'esprit pour s'impliquer et imposer une image d'eux-mêmes, aussi erronée soit-elle. Il y avait les médiateurs, ceux qui arrangent des rendez-vous entre les acteurs, ni plus ni moins.

Il y avait moi.  

Impossible de me débarrasser de cette constante image de mirage humain.
De retour, plusieurs semaines après ma déception familiale je voyais un nouvel avenir me faire réellement face : un véritable, sans passé, détaché de ses inquiétudes ?  

Pas réellement.

Mes pas foulaient un sol meuble. Peut être étais je sur un nuage. J'avançais seule avec l'intime conviction que quelque chose ne tournait pas rond. Sur le terrain, je croisais des chimères. Elles me regardaient tantôt avec dégout tantôt avec admiration.
Ce soir-là, j'avais croisé et fait face à la plus lente et douloureuse décadence jamais enregistrée sur mon encéphalogramme des ressentis. Depuis plusieurs jours je me repassais l'histoire en boucle. Je faisais un tri démentiel dans une mer de déchets sociaux. Certains devaient venir de ma personne.

J'ai refusé son appel.

Toi aussi, tu ne me considères pas vraiment ? As-tu fait cela par principe à mon égard ? Voulais tu simplement, pour la gloire, t'emparer de mes idéaux et profiter de ma cécité définitive ?
Cet homme était un antik. Une créature de la nuit à la responsabilité entachée. Il naviguait parmi les chimères ainsi décrites. Là où elles étaient faites de plumes de joie et d'esprit malins mais néanmoins intelligents, lui, était déterminé à vouloir ne pas changer, borné et douloureusement irréel.
Jamais je n'impose un changement. Non, je le traduis en quelque chose de concret et met en avant les points négatifs.
Ce changement n’eut jamais lieu...

... Tout comme cette autoroute. Ces voix également. Je sortis de mes pensées et me concentra sur le talkie d'appoint qui remplaçait la radio embarquée de mon véhicule de patrouille. L'unité de supervision commençait à se faire vieille et lorsque j'y pense, elle était coupable de la mort de mon frère. Suivais-je les même traces ?  

Celui-ci avait perdu la v - ...

"Redfield !"

Quelqu'un venait d'hurler un code trois.
S'en suivit la course poursuite la plus mystérieuse de toute mon existence. J'avais répondu à l'appel et il était sur mon chemin : un bolide lancé à deux cent kilomètres à l'heure avec déjà près de cinq véhicules de police sur ses traces.
Elle rompit la flèche du temps lorsqu'elle me dépassa. Deux minutes passèrent, les plus courtes de ma vie. Les secondes se coulèrent en millièmes.  

Deuxième sortie ?

Un signal uniforme et continu nous avertis d'une nouvelle poursuite. Il devait, peut-être, être temps de porter assistance par la voie aérienne. Je suis incapable de tirer droit.
En parallèle, le bolide ayant brisé ma courbure temporelle gisait quelque part en contrebas de la voie de droite. Sur mon chemin, personne ne "savait" et tentait déjà de sortir le conducteur. Je fus déroutée de mon propre gré et stoppa ma course à l'hélicoptère pour cueillir un brin de vie sur le rebord d'une autoroute.

J'ordonnais à l'officier en charge de me faire de la place et lui fit comprendre que déplacer le conducteur sans un contrôle préliminaire était le meilleur moyen d'anhilier tout espoir de vie.

---

La vie. Comme un coup de trique et sans préavis, fut boutée hors de moi. Ce qui se tenait devant moi n'était pas une chimère, ni même un antik ou encore un citoyen lambda. Il me regardait sans lueur d'espoir. Son âme fuyante souriant à la mienne. Je le fis basculer, après avoir contrôlé, sans discuter et il me regardait. Je faisais de même et ordonna à tous ces oiseaux de mauvaise augure de s'éloigner de la proie de mes présomptions. Je voulu me ternir à coup de préjugés mais rien n'en fut. Il s’éloignait de moi et je tirais sur le lien. Rien. Ou vas-tu ... petit loup ? Loin de toi, lueur d'espoir.
La sirène de l'ambulance me hurlait de le laisser s'enfuir et de gagner l'oubli comme une trace de vie égarée et nettoyée à la javel d'une morale sans foi. Des gens passèrent devant moi. Je détacha mes cheveux et m'y cacha. J'ordonnais que l'on détruise toute image de cette intervention.

Ce soir-là. Un monstre béni des Dieux trouverait la rédemption.

---  

Les pales et blanchâtres lueurs des néons se répercutaient sur les murs en béton. Le sous-sol d'accès aux cellules était froid et sans vie. Il n'a jamais été vivant.
L'odeur du café m'éveillait les sens.
Il était là. Comme une braise sur un glacier. Le réconfort dans l'inespoir judiciaire et la fracture d'un aspect de ma personnalité que je pensais, à tout jamais, oublié. Le temps n'existait plus et je me torturais à l'idée de voir, une nouvelle fois, le moindre intérêt humain que je puisse porter en ce jour, disparaître dans un flot d'immondices légaux ...

AU DIABLE !

Je fis sortir tout le monde et débouta mes collègues de leurs tâches. Qu'ils aillent vaquer. Laissez moi sauver ce qui peut l'être et faire arque-bouter le dos de cette justice impitoyable.
Sans fléchir, je lui fis face.
Il ne voulait que moi. Je voyais qu'il voulait pleurer, hurler, me frapper même peut-être ? Cette chaise en acier comme seule ancre à la réalité, dure réalité, il voulut me toucher.
Ses yeux étaient d'un vide incroyable. Sur le point de commettre la faute de ma carrière je me retira, et lui offrit quelques années de plus de liberté.

Il était coupable sans l'être. Injustice.

Ce soir-là.

Il me quitta. Derrière les vitres renforcées de ce véhicule de police.
Ou vas-tu, petit loup ? ... Oublies moi, lueur d'espoir.

Je compris que l'illégal partageait un bien commun avec le légal : l'humanité sur un même piédestal.

Cette nuit, une larme fut versée, une lettre fut écrite. Le précédent fut perdu à jamais et lui, me manquait déjà. Une envie irrépressible se fit sentir.

Il fallait que je lui dise, un jour.
~ Petit loup ...



Une douce spirale gagne mon raisonnement.

C’est une spirale de sentiments. Ici, et puis là, mes sens se fondent en une seule entité. Par dessus tous les jugements, je me fond dans la masse et perce la réalité qui m’est imposée depuis des jours durant.
Je suis assise. La surface de ce banc est froide, un peu rugueuse, franchement poisseuse. Le bois s’effrite et l’envie soudaine me gagne, celle d’arracher une à une les dernières échardes qui piquent à travers mon jeans.
C’est la fin de l’été. La mélancolie gagne doucement les entrailles des bois environnants. Les feuilles se libèrent d’une atroce souffrance, manquant de vie. Elles aussi auraient-elles perdu l’envie ? Elle virevoltent et heurtent le sol d’une imaginaire onde de choc. Celle-ci ne me frappe pas directement mais elle gagne mon iris, elle s’insère et s’imprime au fond de ma rétine : intemporalité de l’instant. Que l’automne est resplendissante. Elle m’essouffle d’envie quant à son unique prédestination. Celle de vous faire hurler de malheur au fond d’un océan de peur.

J’abaisse la tête et caresse mes cuisses. L’atmosphère aussi est très froide. Les courants d’air d’une brise sans fin pénètrent les pores de ma peau, caressent mes sensations et libèrent les derniers souffles d’une hypothermie naissante.

Il s’est passé maintenant un an. Faire acte de présence est une tache difficile dans un monde ou l’implication vous tire par le col. Ma mère, maintenant seule au piano, doit certainement se laisser souffrir entre deux gammes. Moi, je suis victime d’un amalgame et comme guide de l’âme je n’ai que ces vagues à lames.
Oui, derrière les bois il y’a la mer. Celle-ci n’est pas faite d’horreur mais d’imaginaire. Elle n’existe pas. Tout comme moi. Elle est faite de terre tandis que je suis faite de pierre. Mes derniers camarades m’observent là, icône de bienveillance latente mais aussi image de mes larmes : effacée, discrète et piétinée par la vie. Jamais je ne pleurerais, et ce n’est pas aujourd’hui que je commencerais.

Je rêve de ce jour ou ces personnes viendront me parler de leur avenir, de leurs envies. J’attend ce jour ou ma mère saura qu’elle ne joue que pour les murs : sourde & muette, jamais elle n’osera avouer qu’elle ne perçoit pas son propre talent, et sa propre voix, intérieure qu’elle demeure.
L’écrit est mon refuge. J’ai 18 ans. Je suis rousse. Je suis seule. Je suis forte mais néanmoins frêle car en deuil. Je suis triste. Je suis petite. Je suis là. Mais jamais je ne serais absente car de toutes les manières et par toutes les voies je ferais porter ma voix.
Non, je ne suis pas amoureuse. Non, je suis pas comme les autres. Non, je ne joue pas à la pause. Non, je ne suis pas virtuose.
Je ne suis qu’un être de métamorphose capable de muter selon la cause et de me morfondre dans la prose.

Emilie ~ “Ode à l'introspection, ou, quand la Plume Pleure Par Un Vent D'automne” - Ecrit lorsque la solitude me gagne.



Je sais qui tu es, mais sais-tu qui je suis ?


Lui et moi avions décidés de nous rendre d’un commun accord là où mes pieds avaient foulés ces terres humides et faites de tourbe, similaires et empruntes de l'odeur âcre de l’Irlande. Très chère Irlande. Cependant nous n’y étions pas. Nous étions bel et bien de retour dans le Dakota.

Main dans la main. Heureuse et revigorée mais peinée et martelée par mes doutes, nous avancions vers cette demeure qui ne m’effrayait que trop. Ma précédente incursion avait révélé des pièces vides sans espoir de retour arrière. Lui, voulait me suivre et certainement comprendre ce qui me tourmentait à ce point.

Quelques jours plus tôt, nous avions reçus, mon esprit et moi, différentes sollicitations. D’abord faites de rêves et de songes moins glorieux puis ensuite de papier à travers une lettre officielle rédigée par le notaire attitré de la famille depuis le décès de mon père. Celui de mon frère n’eut que pour effet de renforcer ce lien que nous entretenions avec cet homme, ce type d’homme si redouté et dont la présence dans une vie est souvent synonyme de changements. Sensibles ou morbides.

Sur le chemin, je voulu lui raconter ce que j’étais. Cette femme mystérieusement décrite comme étant associable, voire même dangereuse de connaissance. Étonnamment, il ne s’en souciait guère. Était-il quelqu’un de véritablement apte à aimer sans juger ? Qu’en dire.


~~~


Nuit d’un mois d’Août. Nuit dépourvue de doutes. Je me balançais des étoiles plein les yeux et la lune me souriait. Pâle et effacée, comme moi. J’appréciais de pouvoir rejoindre, le temps d’un silence et les pensées loties, cet emplacement de jeu dédié à des enfants en bas-âge qui n’avaient probablement jamais existés en ces lieux. Comme une caresse sempiternelle, les premiers signes d’une brume naissante jouaient avec mes sensations. Un temps à l’arrêt et mes idées vagabondaient au gré des bascules d’une balançoire faite de lourdes chaines d’acier déjà bien trop usées.

La vieille Ford du propriétaire s’était engagée sur la voie menant à notre chalet estival, là ou l’intégralité de mes camarades dormaient déjà profondément. J’avais 19 ans. Nous étions en voyage organisé et dédié aux premières années dans cette classe si spéciale uniquement composée d’humains différents, ou jugés différents, par l’humain normal.

D’ailleurs je m’étais moi aussi engagée sur le chemin de la réflexion et repensait, retournait et modifiait ce que je pensais de la notion de “normalité”. Sujet bien trop ample de sources et alambiqué en explication, la grande majorité de l’Homme se le définit encore aujourd’hui comme étant le terme exclusivement propre à ce qui “entre dans un moule”. Le sujet n’est donc pas la notion en elle-même mais plutôt la subjectivité que l’on y appose, que ce soit de notre plein gré ou de manière purement involontaire.

Le véhicule, usé par les années, s’était arrêté devant l’entrée principale. Ici, je ne demeurais qu’hors de portée des phares et plissait déjà les yeux lorsque ce dernier fit mourir la seule source de lumière environnante. Je le cherchais du regard. Encore et encore je sondais les lieux. Comme me l’avait apprise ma mère, dont la vue s’était particulièrement développée du fait de son handicap, nous voyons toujours mieux de nuit par l’usage de notre vision périphérique. L’astuce consistant en le balayage constant de la zone à découvrir sans jamais s’attarder fixement sur un point précis au risque d’assombrir naturellement la zone pendant la “mise au point” effectuée par la pupille.

Une présence que je ne jugeais pas nécessaire avait remplacé ma cible. L’homme, vêtu d’un long manteau s’approchait de moi. Je ne voyais pas son visage mais me l’imaginait très bien. Je l’avais vu à l’accueil de notre classe d’étudiants. M’aurait-il vu malgré la pénombre ? La lune n’était pourtant pas assez présente pour cela et l’idée de me retrouver seule, ici, face à cet énergumène avoisinant les soixante-dix anx ne me rassurait guère. Après tout, même si je n’avais rien à craindre pour mon intégrité physique je ne demeurais pourtant qu’une étudiante perdue au beau milieu d’une aire de jeu sur les coups de trois heures et demie du matin. J’allais me faire serm - …

Tandis que je poursuivais et longeait le fil de ma pensée, m’y attachant comme à une véritable ligne de vie, je compris très vite que cette présence approchante, ce spectre sombre, lent et las, n’était plus le “propriétaire” mais quelque chose annonciateur de bien plus mauvaises nouvelles. Plus il gagnait du terrain plus il rapetissait. Plus il rapetissait plus il devenait hideux, plus il devenait hideux et plus il me souriait. A pleines dents.

Josh ?

Mon seul demi-ami ne dormait pas mais il se tenait face à moi.

“Tu es tarée comme fille. Tu vas te faire violer par le premier venu ici.” Quatre ou cinq heures plus tôt, nous parlions musique et j’en avais véritablement oublié son “humour particulier” et son manque de tact maladif.

“C’est bien. Notre hôte est rentré se coucher. Toi aussi, tu ne devrais pas être ici. Retournes-y et je sais, je suis imprudente mais j’ai simplement besoin de distance.” répondis-je à voix basse.

“Cela fait déjà trois fois que tu nous fais ce coup là, Emilie. La journée je te parle normalement, nous échangeons même et la nuit tombée tu te zombifie complètement. Tu t’isoles et tu disparais. Rentre, il fait froid.” insistait-il. En réalité, cela faisait déjà la cinquième fois.

“Non. Laisse-moi tranquille, je n’ai pas sommeil.”

“Emilie, t’es chiante. Ça ne me rassure pas.”

“En déduirait-tu qu’être embêtante te fait peur ? Pourquoi dis-tu cela, je n’ai pas besoin de tes sollicitations. Je suis ici pour rester seule.”

“Non. Emilie, cela fait plus d’un an que l’on se connaît et il faudrait réellement que tu cesses de te comporter ainsi. Tu ne seras pas capable de te soigner de ton mal-être social en l’amplifiant encore plus. Tu es ici pour lutter, comme nous tous. Ce n’est pas une heure pour venir s’asseoir sur une balançoire au milieu de nulle-part, en pyjama et sans même prévenir quiconque. Si quelqu’un ne te voit pas, tout le monde sera réveillé et ces mêmes personnes crieront à la fugue.”

“Ton moratoire est digne d’un père. Pourquoi fais-tu cela. Je n’ai besoin de personne” Il m’agaçait. Je n’aimais pas être dérangée dans mes réflexions isolées.

“Comment est-ce que tu veux que je prétendre à vouloir sortir avec toi si tu te comportes comme une associable ? As-tu pensée à notre mariage ?” dit-il avec humour …

“Tu es marrant. Maintenant vas-t-en je pense.”

Un silence s’en suivit. Il me scrutait et ne comprenait véritablement pas. Il était inutile de commencer à lui parler ce qui me menait à réfléchir tous les soirs et parler de mort n’aurait pu qu’amplifier le malaise de l’instant.

“Pff. Idiote.” Il tourna les talons et s’en alla.

Je restais ici encore pendant de longues minutes.

Ce soir-là, une voix qui m’était inconnue m’incita à tenter de l’étouffer sous son oreiller. Me faire croire à des sentiments en se moquant ouvertement de moi me conduisit sur une voie de mutisme qui dura près d’un mois. Je ne fis plus jamais allusion à cette discussion et …


~~~


… aujourd’hui non plus. L’homme qui me tenait la main était à moi et je l’aimais énormément. Peut-être devrais-je lui parler de ceci plus tard. Je ne suis pas une tueuse ou une détraquée. Je ne suis que détresse passée. A ce jour, je me sens bien.

Mes journées sont occupées par un travail, j’entretiens une situation financière stable et pérenne. Je suis logée et nourrie par mes propres soins.

J’ai trouvée mon âme sœur, celui qui semble supporter mes excès de sensibilité à tel point qu’il creuse mon passé. J’ai envie de lui faire confiance. Nous vivons, nous mangeons ensemble, nous parlons souvent, nous nous voyons souvent, que dis-je nous vivons ensemble, nous nous aimons, nous faisons l’amour, nous nous câlinons, nous nous réconfortons, nous nous quittons le temps d’un rendez-vous ou d’une intervention et nous recommençons. Est-ce ainsi que nous définirions notre couple ? Je pense que c’est bien plus que cela.

Tandis que je retournais de nouveau cette maison à la recherche du moindre indice laissé par ma mère avant son départ, je pensais à cette précédente tirade et à ma situation émotionnelle. Heureusement qu’il était là.

Elle, malheureusement, n’était pas là. Le plancher s’effritait toujours autant et depuis mon dernier passage, les rats avaient décidés de trouver refuge pour l’hiver ou du moins, la fin de l’hiver.

Plus tard dans la journée nous devions rencontrer le notaire et ainsi subir son annonce. Qu’allait-il me dire et pourquoi ne pas vouloir en parler par téléphone ?

Comme toute personne face à l’annonce inconnue, je songeais à un présage de mort. Dans une toute autre dimension, je me noyais dans l’appréhension.




Dernière édition par Emilie Redfield le Sam 18 Mar - 4:17, édité 17 fois
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Cleavon Brown le Ven 18 Nov - 7:30

J'aime bien!

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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Scotty Huertas le Ven 18 Nov - 14:30

Je sens que je vais avoir du rêve à n'en plus finir. Son point de vue m'intéresse beaucoup, ooh oui.

Bon retour encore mon bro, quel plaisir.
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Emilie Redfield le Ven 18 Nov - 14:33

Tu t'égares.
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Scotty Huertas le Ven 18 Nov - 14:39

Beaucoup trop oui, mais je n'ai pas envie de retrouver mon chemin. Restons hautement perchés.
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Emilie Redfield le Ven 18 Nov - 16:23

Next. Up to you.
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Emilie Redfield le Sam 19 Nov - 6:05

06h.
Deuxième chapitre.
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Shaun Strickland le Sam 19 Nov - 10:10

ça fait toujours plaisir de voir un ancien, aussi motivé. Très bon background, continue ainsi! Alias Chloe Ashford/Shaun Strickland. Salutations Stevy !
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Edgar Rich le Sam 19 Nov - 10:59

Ouloulou ! Très lourd continue.

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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Alexandra_Tchernova le Sam 19 Nov - 11:20

Très belle histoire et interessante. On à bien l'impression de lire un récit digne d'un roman aux quelques chapitres.

Continue c'est sympa à lire Very Happy

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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Emilie Redfield le Sam 19 Nov - 13:31

Ben Fischer a écrit:ça fait toujours plaisir de voir un ancien, aussi motivé. Très bon background, continue ainsi! Alias Chloe Ashford/Shaun Strickland. Salutations Stevy !

Salut toi. Wink
Et puis merci à tous.
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Scotty Huertas le Sam 19 Nov - 14:34

La suite, je veux cette putain de suite.
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Alex Leahy le Sam 19 Nov - 14:36

Shocked Surprised

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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Emilie Redfield le Sam 19 Nov - 15:09

Juste le temps de changer ma cartouche d'encre.
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Dante Sciera le Dim 20 Nov - 9:39

J'attends aussi la suite x)
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Nathan Lupercio le Dim 20 Nov - 11:13

La crème de la crème, j'aime.
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Emilie Redfield le Dim 20 Nov - 15:27

Je prépare tout ça pour aujourd'hui, dans la soirée. Je dois organiser ma relecture.
J'en profite pour vous dévoiler l'un de mes buts : citer un maximum de noms et vous révéler le point de vue d'Emilie sur ses connaissances. Certains vont être surpris.
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Scotty Huertas le Dim 20 Nov - 15:37

Emilie Redfield a écrit: Certains vont être surpris.

Oh vraiment ? I love you
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Emilie Redfield le Dim 20 Nov - 15:55

Toi. Tu ne t'en sortiras pas aussi facilement.
Edit : Ajout, en début de page, des bandes-son utilisées à chaque étape et maîtresses de mon arc scénaristique.

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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Emilie Redfield le Dim 20 Nov - 17:53

Publication du troisième chapitre.
Celui-ci m'a secoué, je vous conseille la bande-son associée. A savoir, Ether, de Mogwai.
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Scotty Huertas le Dim 20 Nov - 18:07

Espèce de fils de pute. Mon cerveau ne répondait plus. J'étais sourde et aveugle. Cette soirée se termina sur une crise de tétanie, ou peut-être d'épilepsie. J'ai l'habitude. Penses à moi, s'il te plaît."

Tu laisse la maman Huertas tranquille ?

La pauvre, mais j'ai attendu ce texte et je n'en suis pas déçu, gg ma poule, j'adore.
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Emilie Redfield le Dim 20 Nov - 22:12

Ça poursuis son chemin.
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Emilie Redfield le Lun 21 Nov - 19:55

Le chapitre 4 passe en phase d'écriture.
Et à venir, il serait bien intéressant de savoir de quoi est fait le subconscient de cette jeune femme si différente dans le métier face à sa vie personnelle.
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Re: (#1 Awards 2016 & 2017) Emilie - La Maladie de l'Elégance [Fin de publication / Adapté roman]

Message par Emilie Redfield le Mer 23 Nov - 1:41

Chapitre 4.
En ligne. Vivez l'instant. Wink
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